A Tachkent, le Théâtre Ilkhom est sur le qui-vive

Depuis 1976, le Théâtre Ilkhom symbolisait le théâtre indépendant dans tout l’espace soviétique puis post soviétique. Il a traversé bien des épreuves, mais la dernière le met en grand péril : le lieu où la troupe travaille a été privatisé et le nouveau propriétaire demande au Théâtre Ilkhom de déguerpir. Pour aller où ?

A Tachkent (capitale de l’Ouzbékistan), le théâtre Ilkhom présentait les 15 et 16 février les premières de son nouveau spectacle : Demain. Un titre troublant : car, en effet, de quoi demain sera fait pour le Théâtre Ilkhom ? Le nouveau propriétaire du complexe hôtelier où le théâtre est installé depuis des lustres, a en effet demandé à toute la troupe (acteurs, musiciens, techniciens, administratifs, etc.) de quitter les lieux.

C’est en 1976 que Mark Weil avait créé ce théâtre indépendant, l’un des premiers sinon le premier de l’espace soviétique. Le Théâtre Ilkhom avait survécu à tout, à la fin de l’Union soviétique, au pouvoir dictatorial du président Karimov d’un pays, l’Ouzbékistan, devenu indépendant. Il avait même survécu à l’assassinat crapuleux au bas de son immeuble de Mark Weil en 2007 alors qu’il s’apprêtait à montrer au public son nouveau spectacle qui devait donc être le dernier : L’Orestie d’Eschyle (lire ici).

La troupe a fait front. Elle a présenté de nouveaux spectacles et continué au fil des années à mettre à l’affiche les anciennes mises en scène de son directeur-fondateur. La troupe s’est élargie, a ouvert une école, le théâtre Ilkhom est devenu un pôle culturel essentiel pour la capitale du pays. Le tout sans subvention du gouvernement mais avec l’aide de fondations.

Le théâtre Ilkhom s’était installé dans un lieu qui a été privatisé en 1997. Le propriétaire avait signé un accord leur laissant le lieu (aménagé par la troupe) jusqu’en 2023 et au-delà, par tacite reconduction. En 2017, un tribunal avait rendu le lieu au gouvernement ouzbek. Mais depuis il a été de nouveau privatisé pour devenir le Shodlik Palace Hotel, OOO “OFELOS PLAZA”. Et le nouveau proprio a envoyé une lettre le 7 février demandant au Théâtre Ilkhom de partir.

L’émotion est grande à Tachkent. Et dans le monde entier car cette troupe emblématique a voyagé dans bien des pays (Europe, États-Unis, Israël, Japon, etc.). En France, le théâtre Ilkhom avait été accueilli au festival Passages à Nancy en 2002 avec un Ubu roi.

Hier, la troupe a présenté Demain. Mais demain...La balle est d’abord dans le camp du nouveau gouvernement ouzbek dont l’esprit ouverture est mis en avant par le nouveau président. Qu’il le prouve en étant bien inspiré. En ouzbek « ilkhom » veut dire inspiration.

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