Nous n’irons plus aux Jean Bois

L’auteur, acteur et directeur de compagnie Jean Bois est mort, mettant fin à une aventure qu’il partageait avec sa compagne et muse, Dominique Constantin. Tristesse.

Je n’avais plus reçu de signe de lui depuis un certain temps. Il postait un spectacle de temps en temps. Discrètement. Dans des théâtres qui n’étaient pas bien grands mais avaient parfois de jolis noms. La dernière fois, à l’automne 2016, c’était au Passage vers les étoiles, au 17 de la cité Joly dans le XIe arrondissement de Paris. Je n’y suis jamais retourné. Le lieu existe-t-il encore ? La pièce s’appelait C’était moi. Oui, c’était lui, ce héros gris, partagé entre un homme jeune et un autre qui ne l’était plus, les deux aimant la même femme, interprétée par Dominique Constantin, la compagne, la partenaire et muse de Jean Bois depuis toujours.

C’est avec retard que je viens d’apprendre la mort de Jean Bois survenue le 30 octobre. Trop délicat pour faire parler de lui le jour de sa mort. Ce contre-temps ressemble à la vie de cet auteur discret qui n’a jamais voulu publier ses pièces aigres-douces – il en a écrit une trentaine – qui semblait ne pas vouloir déranger, qui ne se plaignait pas même d’un relatif manque de reconnaissance (aussi bien du côté du théâtre privé que du théâtre subventionné) même s’il avait « son » public.

Toutes ses pièces se penchaient sur la vie avec délicatesse pour mieux la saluer. Leurs titres parlent d’eux-mêmes : Madame fatale, Etrange pâleur, Le silence puis la nuit, L’Emoi d’amour, La femme indolente, Post-scriptum : je t’aime, Titre provisoire, Comme un bruissement d'elle. Du théâtre à façon, joliment ourlé, voguant sur une barque au bord du temps.

On entrait dans les spectacles de Jean Bois comme dans un roman de Modiano. Pour retrouver des rues, des êtres, des amours perdus, égarés dans le passé qu’une ritournelle faisait revenir. Des petites blessures, des douceurs, comme on le dit des friandises. Des regrets et des lettres fanées. Jean Bois vivait dans le théâtre et par le théâtre, il ne semblait jamais si heureux que d’être en scène avec Dominique Constantin. On aimait aller les retrouver, ils étaient souvent accompagnés de leur fidèle amie, l’actrice Elisabeth Maby, disparue elle aussi peu avant Jean Bois. On quittait un spectacle, on attendait le prochain ou le suivant, on les retrouverait là où on les avait laissés. Chaque pièce était comme l’épisode d’un faux-vrai feuilleton dont Jean Bois et Dominique Constantin étaient les héros et les interprètes, via des identités d’emprunt.

« Si je ne vous donne aucun signe de vie, c’est fini », c’est ainsi que commençait C’était moi, l‘une de ses toutes dernières pièces. Une première réplique suivie d’une seconde : « Je vous manquerai. » Oui, il nous manquera.

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