Une heure à l’écoute de Marguerite Duras en play Bach

L’actrice Cécile Coustillac lit des pages de « La Vie matérielle » de Marguerite Duras entrecoupées au violon par Marieke Bouche jouant des extraits de sonates et partitas de Johann Sebastien Bach.

Ce n’est ni un salon de musique, ni la salle de lecture d’une bibliothèque, mais cela tient des deux. C’est un recoin de la vaste et magnifique Manufacture des Œillets d’Ivry où tout un mur est tapissé par les livres appartenant à l’ancien et défunt directeur des lieux Adel Akim (direction partagée avec Elisabeth Chailloux). Une petite table, un pupitre non pour les partitions musicales (la violoniste Marieke Bouche n’en a pas besoin) mais pour les textes extraits de La Vie matérielle de Marguerite Duras qui vont être lus par l’actrice Cécile Coustillac, qui les sait pour l’essentiel mais préfère mettre en scène leur lecture.

L’ouvrage est un livre composite, écrit et publié chez P.O.L. en 1987 (aujourd’hui en Folio) il y a plus de trente ans déjà, à partir d’entretiens avec le cinéaste et écrivain Jérôme Beaujour. Comme une conversation au long cours à partir de laquelle Duras écrira des textes plus ou moins courts, parfois assez longs, en donnant un titre à chacun. Trouville et Les Roches noires, Yann le dernier amour, les animaux, le rapport entre les hommes et les femmes (pages qui ont mal vieilli dans un monde en mouvement), l’alcool, l’Asie de l’enfance, les livres de sa vie, etc. Cela va du Dernier client de la nuit aux Forêts de Racine en passant par Le Steak vert ou La Femme de Walesa. Avec des pas de côté, comme ces précis d’écriture durassienne que sont L’Homme menti et Le Train de Bordeaux, ou encore cette nouvelle parfaite écrite à partir d’un fait divers : Le Coupeur d’eau, l’un des derniers textes que dit l’actrice qui a choisi une dizaine de titres sur la cinquantaine que comprend l’ouvrage.

« Je vais faire du théâtre cet hiver et je l’espère sortir de chez moi, faire du théâtre lu, pas joué. Le jeu enlève au texte, il ne lui apporte rien, c’est le contraire, il enlève de la présence au texte, de la profondeur, des muscles, du sang. Aujourd’hui, je pense comme ça. Mais c’est souvent que je pense comme ça. Au fond de moi, c’est comme ça que je pense au théâtre. ». Même si elle ne pensera pas toujours comme ça, ces lignes de Duras extraites de La Vie matérielle semblent avoir servi de ligne dramaturgique principale à l’actrice qui toujours revient à la page après s’en être éloignée. « Ce livre nous a fait passer le temps. Du début de l’automne à la fin de l’hiver », se souvient Duras en préambule. Aujourd’hui, les mots de Marguerite nous accompagnent pour effeuiller le couvre-feu

Théâtre des quartiers d’Ivry, du mer au ven 19h, sam 15h et 19h, dim 16h, jusqu’au 1er nov.

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