jean-pierre thibaudat
journaliste, écrivain, conseiller artistique
Abonné·e de Mediapart

1024 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 janv. 2023

jean-pierre thibaudat
journaliste, écrivain, conseiller artistique
Abonné·e de Mediapart

Bernard Sobel : finir en beauté comme Empédocle

A 87 ans révolus, Bernard Sobel revient creuser plus avant « L’Empédocle» d’Hölderlin, poème dramatique à jamais inachevé. Empédocle tutoie les Dieux comme Sobel tutoie le poète et son héros. Dialogue avec vue sur l’Etna en fusion. Du théâtre d’un gaz extrêmement rare.

jean-pierre thibaudat
journaliste, écrivain, conseiller artistique
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Scène de "La mort d'Empédocle" © H. Bellamy

Depuis plusieurs spectacles, Bernard Sobel n’en finit pas de ne pas en finir avec l’ Empédocle d’Hölderlin. Pas à pas, il l’accompagne jusqu’au au bord de l’Etna. (Il s'y jettera, on ne retrouvera qu’un soulier dit la légende). Sobel s’était d’abord arrêté prendre pension au château de Kafka, dire bonjour ou plutôt adieu à Amélia (lire ici) . Et puis, rasséréné, son bâton de berger du théâtre en forme de livre entre les mains, il a repris la route. Empédocle l’attendait au carrefour des trois sentiers. Depuis, ils font route commune.

De l’étroite scène du 100 rue de Charenton où Empédocle et son disciple Pausanias devisaient, Bernard Sobel a gagné une salle bien plus ample dans le bois de Vincennes. Passé les cuisines de Mnouchkine, il a établi son campement au Théâtre de l’Epée de bois.

Pas de falbalas. Une scène nue, au sol comme patiné par le passage de maints spectacles. Quand le public entre, des mains habiles finissent d’accrocher un calicot où l’on peut lire en grandes lettres : « hommage à François Tanguy ». Connivences entre deux travailleurs de force du théâtre, de générations différentes, mais mus par une commune exigence perpétuelle .Le calicot est hissé dans les cintres qui n’en sont pas, le spectacle peut commencer. Son titre ? La mort d’Empédocle. On est prévenu, aucun suspens. Un cheminement ultime.

« Ceci est son jardin ! Là dans le secret/ de l’ombre où jaillit la source, Il était là » dit Panthéa interprétée par la fidèle Valentine Catzéfils. Elle s’adresse à Délia interprétée par Julie Brochen dont les élèves du théâtre école Thélème entreront bientôt en scène pour former le chœur du peuple. Panthéa est pétrie d’admiration envers Empédocle, Délia plus réservée. Entrent Hermocrate (Marc Berman, en alternance avec Claude Guyonnet) ) et Critias (Gilles Masson), le père de Délia, eux se méfient d’Empédocle, jalousent aussi sa proximité avec les Dieux. Ils décident de convoquer le peuple pour qu’Empédocle expie « l’heure funeste où il s’est pris pour un Dieu ». Ils sortent.

Entre, enfin, Empédocle interprété, de façon d’autant plus habitée et bouleversante que dénuée de tout artifice, par l’admirable Mathieu Marie qui nous avait déjà ébloui rue de Charenton. « J’étais aimé, aimé de vous , les Dieu» dit-il . Pausanias ( remarquable Laurent Charpentier ), son disciple, rejoint « l’être d’exception » Le prêtre, le peuple et les autres arrivent pour prononcer « l’anathème sacré ». Empédocle demande à ce qu’on lui accorde « de poursuivre en silence le sentier que je suis,/ Jusqu’au bout, le sentier silencieux de la mort » L’anathème et prononcé et vaut aussi pour Pausanias. Empédocle fait ses adieux aux trois esclaves qui le servent et le vénèrent.

A l’acte deuxième nous retrouvons Empédocle et Pausanias dans une cabane non loin de l’Etna. A l’acte troisième, Empédocle demandera à Pausanias, de le quitter. Son disciple finira par obéir à contre cœur. Surgira enfin le vieux Manès (Asil Raïs) « ...un mortel comme toi/ envoyé à temps,à toi qui t’imagines/ Le Préféré du Ciel, pour te nommer/Du Ciel la colère, du Dieu qui n’est pas désoeuvré. » Deux vieilles connaissances, l’un encore vivant, l’autre presque déjà mort.

Pausanias part enfin. Resté seul, Empédocle lui adresse ces derniers mots ambigus  : « Laisse-moi maintenant, Quand là-bas/Je jour sera couché, c’est alors que tu me reverras ».

Du grand théâtre à mains nues. Hölderlin, dit-on, s’identifiait à Empédocle. Le spectateur, dont l’imagination est sans bornes, peut imaginer que Bernard Sobel s’identifie à la fois au poète et à son héros.

Cartoucherie, Théâtre de l’Epée de bois, du jeu au sam 21h, sam également à 16h30 , dim à 16h30, jusqu’au 5 février.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France

Affaire Pellerin : la fuite judiciaire qui menace l’Élysée et le ministère de la justice

Le député Emmanuel Pellerin, visé en septembre dernier par une enquête en lien avec sa consommation de cocaïne, a été prévenu des investigations en cours, pourtant censées rester secrètes. L’élu des Hauts-de-Seine affirme que l’information lui a été transmise par Thierry Solère qui lui aurait dit la tenir du ministère de la justice. Le conseiller politique du président de la République et Éric Dupond-Moretti démentent.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal — France

Le député Pellerin : la cocaïne en toute impunité

Député des Hauts-de-Seine de la majorité présidentielle, l’avocat Emmanuel Pellerin a consommé de la cocaïne avant et après son élection à l’Assemblée en juin dernier, d’après une enquête de Mediapart. Confronté à nos éléments, il a reconnu cet usage illégal. Saisie en septembre dernier, la justice n’avait pourtant pas souhaité enquêter.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal

TotalEnergies est visée par une enquête préliminaire pour mensonges climatiques

Selon nos informations, la multinationale pétrolière est l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Nanterre à la suite d’une plainte au pénal pour « pratiques commerciales trompeuses ». Ce délit ouvre la voie à des sanctions pour « greenwashing ». Une première en France.

par Mickaël Correia

Journal

TotalEnergies : l’heure des comptes

TotalEnergies sait que ses activités sont nocives pour le climat depuis 1971. Pourtant, le géant pétrolier continue d’émettre autant de gaz à effet de serre que l’ensemble des Français·es. En pleine crise énergétique, TotalEnergies a annoncé début 2022 un bénéfice record de 14 milliards d’euros. Retrouvez ici nos articles et nos enquêtes sur une des multinationales les plus polluantes au monde.

par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog

SOS solidarité pour famille intégrée en péril

Le recours contre l'OQTF du 6-12-22 a été rejeté. Cette famille, avec trois jeunes enfants est menacé de mort dans son pays, risque l'expulsion. Conséquence immédiate : logés au CADA (hébergements demandeurs d'asile) de Cebazat, ils seront à la rue le 31 janvier et si le 115 ne répond pas ce jour-là ou ne propose rien... SOS solidarité rapide et concrète dans ce billet. A vous de jouer.

par Georges-André

Billet de blog

Loi sur l’immigration : la nouveauté sera de rendre la vie impossible aux immigrés

Le ministre de l’intérieur, comme ses prédécesseurs, veut sa loi sur l’immigration destinée notamment à expulser plus efficacement les étrangers faisant l’objet d’une OQTF. Mais pourquoi, une fois de plus, le gouvernement ne s’interroge-t-il jamais sur les causes profondes de cette immigration ?

par paul report

Billet de blog

Nous, les banni·e·s

À travers son nouveau podcast « Nous, les banni·e·s », La Cimade a décidé de donner la parole aux personnes étrangères qui subissent une décision de bannissement. Pour illustrer la violence des interdictions de retour sur le territoire français (IRTF), 5 témoins partagent leurs histoires, de leur départ vers la France jusqu’aux difficultés d’aujourd’hui.

par La Cimade

Billet de blog

OQTF : la réalité derrière ces quatre lettres

À cause de l'OQTF, j'ai perdu mon travail étudiant. Je me suis retrouvé sans ressources du jour au lendemain, sans rien. C'est très dur, car je cotisais comme tout le monde. Avec ma compagne, on attend une petite fille pour juin prochain. D'ici là, je dois me terrer. J'ai l'impression de vivre comme un rat, j'ai tout le temps peur de tomber sur la police. Je ne suis certes pas Français, mais j'aime la France comme j'aime le Sénégal.

par Couzy