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Billet de blog 25 oct. 2021

Festival Sens interdits : deux Libanaises passeuses de mémoire

La Libanaise Chrystèle Khodr met en scène et en mots la mémoire de deux actrices de son pays, Hanane Ajj Ali et Randa Asmar. Jouant ensemble pour la première fois, elles racontent le Liban par le prisme de leur métier

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Scène de "augures" © dr

Elles arrivent vers nous du fond du plateau et prennent place près des premiers rangs de spectateurs chacune sur sa chaise, plus trad , elles se lèveront. Elles vont nous parler de quoi ? De théâtre.  Ce sont deux actrices. L’une porte un ensemble veste-pantalon serré y compris les cheveux retenus par un bandeau qui met en évidence la souplesse et la vélocité de son corps très expressif.L’autre porte des vêtements plus amples et plus vaporeux qui masquent le corps mais porte notre attention sur son ample chevelure,et son visage. Tous les Libanais les connaissent au moins de nom. Ceux qui allaient au théâtre à Beyrouth dans dans les années 70 ont engrangé bien des souvenirs en leur compagnie. Venant de deux pôles du théâtre opposées ou presque, elles n’ont jamais joué ensemble, voici réunis sur scène pour la première fois, Hanane Hajj Ali et Randa Asmar.
Cette idée aussi simple que belle – réunir ensemble deux actrices que tout ou presque a séparé - on la doit à leur cadette Chrystèle Khodr. Née en 1983, elle vit et travaille à Beyrouth et entretient des relations suivies avec le festival Sens interdits à Lyon et son directeur,, Patrick Penot. Ce n’est pas la première fois qu’elle est invité à montrer son travail au festival. Je me souviens en 2017 y avoir vu le passionnant Titre provisoire, déjà le fruit d’une rencontre (lire ici).

Dans un pays et une capitale, largement endommagés par la guerre, les attentats, l‘explosion du port de Beyrouth, une pratique du pouvoir délictueuse pour ne pas de dire mafieuse, une monnaie en chute libre, le théâtre a un rôle à jouer. Ne serait-ce que celui d’exister, de ne pas baisser les bras, de faire à tout le moins acte de présence, ce qui est déjà un acte de résistance. Dans Augures, les deux actrices reviennent sur leur passé, s’échangent des souvenirs sans nostalgie, même quand elles égrènent les noms des théâtres disparus ces trente dernières années au Liban, reconvertis en commerce ou durablement fermés, elles le font comme le reste, en jouant, en s’amusant à jouer, le pathos n’est pas leur fort, elles se font aimables passeuses de mémoire,

Alors, à travers le corps sautillant de son épouse Hanane Hajj Ali , revient la figure de Roger Assaf, souvent venu en France dans les années 70 et 80 avec sa troupe el Hakawaki (conteur en arabe) , figure d’un théâtre militant, pro-palestinien.. Aujourd’hui, Assaf ne signe plus de grands spectacles mais reste sur la brèche, un incurable activiste. Il a même ouvert un blog sur Mediapart où il n’a écrit qu’un article en mai dernier s’adressant à « Chère dame », à savoir « la sainte la République laïque française » pour lui lui adresser quelques saillants reproches quant aux position de la Dame vis a vis des Palestiniens.

Figure d’une génération plus jeune et non moins active, Chrystèle Khodr a longuement interrogé les deux actrices, bien plus âgées qu’elle, avant de leur écrire une partition sur mesure et surtout de les réunir, jetant un pont entre elles et elle, et œuvrant à leur naissante complicité, le temps d’un spectacle, Augures, a été créé à Beyrouth en mai 2021, après la crise du Covid 19. Au Festival Sens interdits, le spectacle a été joué deux fois au Théâtre de la Croix Rousse. Le même soir on pouvait voir le spectacle grec C’était un samedi (lire ici) , le lendemain un spectacle russe, Le bonheur (lire ici) ainsi qu’ un spectacle venu du Kosovo En cinq saisons, un ennemi du peuple (lire ici). Il était triste, que ces artistes venus de partout et souvent ne se connaissant pas, n’aient pas pu se croiser jusque tard le soir sous la tente blanche (lieu d’exposition, de conversation, d’exposition, bar d’un côté, librairie de l’autre) dressée les dernières éditions sur place, devant le théâtres des Célestins .Ce n’est pas le cas cette année. Je vous laisse.deviner pourquoi.

Tournée: Théâtre La Vignette, dans le cadre de la Biennale des Arts de la Scène en Méditerranée initiée par le Théâtre des 13 Vents à Montpellier le 12 nov; Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine le  14 nov; Friche la Belle de Mai – En partenariat avec Les Bancs Publics – Marseille le 16 nov; La Comédie de Reims les 27 et 28 janv; NTGent – Gand (BE) les 3 et 4 fév.

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