Le match gagnant de la collective Ces filles-là

C’est en mettant en scène « Ces filles-là », une pièce d’Evan Placey autour du cyber-harcèlement que s’est constituée la collective Ces filles-là. Un spectacle que la compagnie donne en salle mais aussi sur des terrains sportifs, comme on a pu le voir sur le stade d’entraînement Jean-Pierre Papin du Valenciennes football club, avec le renfort de footballeuses professionnelles en herbe.

Scène de" Ces filles-là" à Valenciennes © Kalimba Scène de" Ces filles-là" à Valenciennes © Kalimba

Quand elles ont découvert la pièce d’Evan Placey Girls like that dans sa version française Ces filles-là, excellemment traduite par Adélaïde Pralon, elles ont tout de suite senti qu’elles avaient trouvé ce qu’elles cherchaient : une pièce contemporaine écrite pour des femmes parlant du monde d’aujourd’hui : une pièce qui allait leur permettre de montrer « la force » du « collectif » qu’elles étaient en train de former entre filles ; enfin une pièce qui puisse se jouer dans des lieux non théâtraux comme elles le souhaitaient.

Un collectif, une collective

Au départ, il y a Suzanne Gellée et Zoé Poutrel qui se rencontrent à l’école du Nord (une des grandes écoles nationales, liée au CDN) et ne se quittent plus. C’est pendant leurs trois années d’études qu’elles découvrent la pièce de cet Anglais « qui veut écrire pour les filles » car trop rares sont les pièces écrites pour elles. Elles décident d’en faire leur premier spectacle qu’elle mettront toutes les deux en scène. Elles cooptent d’autres filles de l’école, leur condisciple Lola Haurillon et une plus ancienne Ariane Heuzé. Mais aussi Cécile Box sortie de l’ENSATT (l’école de Lyon), Audrey Montpied sortie de l’ENSAD (l’école de Montpellier). Et puis aussi Jue Jadis sortie des Beaux-Arts d’Epinal, Claire Rolain qui, après les Beaux-Arts de Paris, retrouve sa vraie passion, la musique. C’est ainsi qu’est née La collective Ces filles-là, c’est le nom de leur compagnie.

Tout se passe bien à l’école de Sainte-Hélène, une école de filles qui ont grandi ensemble, jusqu’au jour où chacune reçoit sur son portable une photo de l’une d’entre elles, Scarlett, nue. Tout se dérègle entre elles, toutes les brimades, rancœurs, jalousies remontent à la surface. Scarlett change d’école mais le cyber-harcèlement continue (« en France, 40 % des élèves disent avoir été victimes d’une agression en ligne », note nonauharcelement, sur le site de l’Education nationale, cité dans le programme). Elles sont 19 contre une, c’est un match inégal, cruel. Mais l’intelligence de l’auteur consiste à traduire cela par une écriture chorale : chacune tour à tour devient Scarlett, une voix collective nous parle, celle d’un groupe : ces filles-là. Elles font front. Elles illustrent ce qu’écrit Virginie Despentes dans King Kong théorie cité dans le programme : « Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. »

Fouteuses de foot

Le spectacle a été présenté en salle, comme récemment au Théâtre de la Cité internationale et on pouvait aussi le voir un des derniers week-end de juin sur un terrain de sport à Valenciennes, l’une des villes où se déroulaient les matchs de la coupe du monde de football féminin. A l’invitation du Boulon au Vieux Condé (un très actif Centre national des arts de la rue et de l’espace public installé dans un ancien lieu industriel), La collective Ces filles-là (complété par Elsa Canovas et Pauline Masse) a donné une version augmentée de son spectacle avec des jeunes footballeuses de la section sportive du lycée Ernest Couteaux de Saint-Amand-les-Eaux (Emeline Carré, Octavie Damperont, Célia Ernesti, Laurine Gralinski, Kathya Gruypeninck, Lisa Huret, Emeline Locoge, Justine Touril et Slavika Valentin), passant de six à dix-sept sur le terrain de jeu.

Nous voici installés sur le bord d’un terrain de foot du centre d’entraînement du VAFC (Valenciennes football club), le terrain Jean-Pierre Papin. Elle se mettent en tenue de foot, se rassemblent, font cercle, poussent leur cri de guerre et le spectacle-match commence mêlant astucieusement phases d’entraînement et scènes du texte, actrices professionnelles-footeuses à leurs heures, et footballeuses habiles-comédiennes débutantes. La pièce y prend une dimension aérienne et quand les dix-sept s’alignent devant nous et poursuivent la pièce en nous regardant, c’est impressionnant. Un mini match clôt l’aventure. Quand l’arbitre femme siffle la fin de la partie, elles se congratulent, elles ont raison : elles ont toutes gagné.

Ces filles-là sera donné du 25 au 28 juillet au Festival Chalon-dans-la-rue (Chalon-sur-Saône). Puis la saison prochaine : le 5 nov, plusieurs représentations scolaires au collège Boris Vian, porté par le théâtre Massenet ; le 8 nov au Grand Sud, Lille ; les 29 et 30 avril 20 au CDN la Comédie de Béthune puis des représentations en décentralisation, dans le cadre de « La Comédie de Béthune près de chez vous », du 11 au 15 mai 20.

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