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Billet de blog 1 oct. 2022

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Le XXe arrondissement de Paris se raconte trois histoires

Le Théâtre de la Colline a proposé une carte blanche au collectif OS’O (fameux Bordelais) : aller à la cueillette d’histoires dans le XXe arrondissement de Paris. Les cinq membres fondateurs d'OS'O en ont cueilli trois et en on fait un spectacle composite, en extérieur et déambulatoire : « Boulevard Davout ».

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Scène de "Boulevard Davout" © Tuong-Yen

Les spectateurs n’ont pas rendez-vous au Théâtre de la Colline, mais non loin de là, entre le périphérique et les boulevards extérieurs : au jardin Serpolet. Soit à deux pas du boulevard Davout, entre la porte de Bagnolet (proche) et la porte de Montreuil (plus lointaine). On vous attribue une couleur, celle de votre groupe (une trentaine de spectateurs), il y en a trois (et autant d’histoires), j’étais dans les bleus.

Avant de partir, un type debout sur une chaise nous fait un discours d’accueil qui vire à la fable : il nous raconte que la veille un tsunami local s’est abattu sur l’arrondissement et qu’il y a eu de gros dégâts. Un chat passe, le regarde d’un air dubitatif. Le chat n’a rien remarqué, la radio n’en a pas parlé, BFM n’était pas là pour filmer en direct. Qu’est-ce qu’il raconte ? C’est un acteur (Baptiste Girard, du groupe OS'O), et donc un amateur d’histoires à dormir debout.

Pas le temps de cogiter, mon groupe suit le parapluie bleu. En route, mauvaise troupe, comme disait l’autre. On arrive bientôt à destination : le toit herbeux de la magnifique piscine Yvonne-Godard (double bassin, etc.). Là, nous attend un type pâle qui s’apprête à sauter dans le vide (Tom Linton, un des acteurs d’OS’O) inconsolable de la mort de son énième chat. Alors qu’il s’apprête à sauter, surgit une sans-logis engoncée dans un manteau flottant et qui a fait de ce toit son abri. Le dialogue se noue. La sans-logis finira par dissuader le pauvre type. Il ne sautera pas dans le vide aujourd’hui. Ils se séparent. Fin de l’histoire.

Atch ! on en voudrait encore ! L’actrice Neva Bonachera interprète cette sans-logis aux allures de chamane. Elle est impressionnante. Tout le projet du collectif OS’O s’est construit avec l’association de quartier Plus loin et son atelier de théâtre Le Labec d’où est sortie Neva Bonacheva.

Chacune des trois histoires mêle des acteurs et des actrices d’OS’O et de l’atelier Le Labec. L’ensemble, conçu par le collectif O’SO, a été écrit par deux d’entre eux (Mathieu et Tom) accompagnés par Olivia Baron.

Entre deux histoires, on arpente des zones qui oscillent entre vieux immeubles, terrain encore vague et chantier de construction. Nous voici justement sur un chantier pour la pose d’une première pierre. Entre un promoteur soucieux de réduire les coûts et donc les services (Roxane Brumachon d’OS’O), un architecte rêveur (Gabriel Washer, acteur de la Jeune troupe de la Colline) et un zonier (Mathieu Ehrhard d’OS’O) rejeton de la zone de naguère, faite à la fois de non droits, d’entraide et de misère, au charme parigot chanté par Frehel comme nous le beugle le zonier. Menacés par ce dernier, les deux autres partent en courant. Fin précipitée de l’histoire.

La troisième et dernière histoire se déroule en deux temps. Un type qui vit dans sa voiture rencontre la préposée qui lui cherche un logement (Esdras Registe et Noura Lapalus, tous deux venant du Labec). Elle l’enverra chez un ancien et vieux médecin (Philippe Dormoy, routier des scènes) qui a une chambre à louer, mais quand il y retourne le même jour pour récupérer son dossier oublié, le médecin a déménagé depuis deux ans. Seul moment où le spectacle lorgne vers le réalisme fantastique.

Les trois groupes, qui ont vu les mêmes histoires mais dans un ordre différent, se retrouvent au jardin Serpolet pour un bref finale où l’on rêve à voix haute de voir le boulevard Davout (un maréchal napoléonien et ministre de la guerre) rebaptisé boulevard des Zoniers.

On sort de là, pas mécontents du voyage mais frustrés de ne pas avoir vu ces histoires se prolonger, s’intensifier et surtout se croiser. On est loin des spectacles passionnants d’OS’O comme Timon/Titus, Pavillon noir ou X, qui ont fait la notoriété et la force de ce collectifs d’acteurs.

Boulevard Davout, Théâtre de la Colline hors les murs, jusqu’au 16 octobre.

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