« Savoirs fondamentaux » : quelle généalogie ?

Les « savoirs fondamentaux » mis au cœur de « l’école de la confiance » par le ministre actuel, ont fait partie des enjeux de l’élection présidentielle de 2017 pour MM. Fillon et Macron, notamment. M. Bayrou évoquait les "savoirs essentiels" dans son nouveau contrat pour l’école en 1994. Les intentions explicites de 1994 nous diraient-elles quelque chose de celles, implicites, de 2019 ?

Les fameux « savoirs fondamentaux » portés par le ministre actuel de l’éducation nationale ne sont pas  une invention dudit ministre. Le programme présidentiel d’Emmanuel Macron[1] indique en effet que « le premier chantier sera celui de l’éducation et de la culture. C’est la condition de notre cohésion nationale. C’est pourquoi je veux remettre la transmission des savoirs fondamentaux, de notre culture et de nos valeurs au cœur du projet de notre école et de nos universités ».

Ils figurent également dans le programme de François Fillon[2] :« Je veux une école de l’excellence pour tous, écrit le candidat. L’éducation est une priorité pour remettre la France debout. Notre école est la condition de l’unité nationale et républicaine. Elle doit s’attacher en premier lieu à transmettre les savoirs fondamentaux : le français, les mathématiques et l’histoire-géographie doivent constituer un socle de connaissances pour tous ». il propose donc d’ « établir des programmes garantissant l’apprentissage des fondamentaux pour l’ensemble des élèves », et notamment d’ « abroger la réforme du collège et revoir les programmes en les structurant autour de deux volets pédagogiques : 1. approfondissement des fondamentaux (français et mathématiques, sciences et histoire- géographie); (…) »

Marine Le Pen pour sa part, se réclame des « apprentissages fondamentaux » dont elle préconise dans ses 144 engagements[3] le renforcement : « assurer la transmission des connaissances par le renforcement des apprentissages fondamentaux (français, histoire, calcul)».

On ne trouve nulle mention des savoirs ou apprentissages fondamentaux dans les programmes des autres candidats. On notera que le « concept » de savoirs fondamentaux a une extension variable selon les candidats : français, histoire, calcul chez Mme Le Pen, français et mathématiques,  sciences et histoire-géographie chez M. Fillon. Chez M. Macron, le concept reste indéfini. Il sera explicité par le ministre désigné à l’éducation nationale qui associera  à cette fin "lire, écrire, compter et respecter autrui". Il semble donc que le socle commun de ces savoirs fondamentaux partagés par ces trois candidats soit le fameux « lire, écrire, compter » que le ministre Jean-Pierre Chevènement qualifiait de « savoirs de base » dans les années quatre-vingts du siècle dernier. Dans les années quatre-vingt-dix du même siècle, François Bayrou, dans Le nouveau contrat pour l’école[4]évoquait les « savoirs essentiels » : pour l’année 1995, il prévoit que « de nouveaux programmes sont élaborés à l'école primaire et au collège. Mis en cohérence avec les cycles, ils sont allégés et recentrés sur les savoirs essentiels ». M. Bayrou est aujourd'hui membre de la majorité présidentielle. Les "savoirs essentiels" sont associés dans son nouveau contrat pour l’école à l’objectif d’alléger et de recentrer les programmes.

On peut alors se demander si parler en 2019 de « savoirs fondamentaux » plutôt que de « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » (instauré par la loi en 2013) ne reviendrait pas à alléger et recentrer (pour quels élèves ?) le socle commun que chacun devrait maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire. A observer qui a porté l’accent sur les savoirs fondamentaux dans le débat présidentiel en 2017, cette interrogation ne saurait être simplement considérée comme faisant partie, selon l'élégante formule ministérielle,  d' «un festival de bobards ».

_______________________________________________________________

[1]https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf 

[2]http://www.groupejeanpierrevernant.info/ProjetFillon3.pdf

[3]https://rassemblementnational.fr/pdf/144-engagements.pdf

[4]http://www.formapex.com/telechargementpublic/textesofficiels/1994_1.pdf

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.