Programme éducatif d’En Marche ! : changer vraiment le résultat des courses ?

Le programme pour l’école de M. Macron choisit clairement l’égalité des chances plutôt que la solidarité pour la réussite de tous.

Dans le programme présidentiel publié aujourd’hui[1], Emmanuel Macron, en matière d’éducation, file la métaphore sportive. « La mission de notre République, c’est de remettre tous ses membres sur la même ligne de départ à chaque étape importante de leur vie. Bien sûr, il y en a toujours qui courront vite et d’autres qui trébucheront. Ou ne pourront tout simplement pas se lancer dans la course. Ou choisiront une trajectoire différente. Mais si l’on connaît à l’avance l’ordre d’arrivée, alors à quoi bon essayer de courir ? » Comme on le sait, en sport, la chance a toute sa part, et, en effet, Les mêmes chances pour tous nos enfants est le titre du chapitre consacré à l’éducation. On sait que l’égalité des chances proclamée peut cacher  l’inégalité des réussites, et cette inégalité des réussites ne tient pas uniquement aux capacités individuelles du coureur scolaire, mais aussi et surtout aux déterminismes sociaux et culturels qui pèsent sur lui. On connaît le poids dans notre école de ces déterminismes-là. On et donc curieux de voir comment le candidat Macron aborde ce sujet. La question posée à la fin du passage cité semble indiquer que celle des résultats doit être prise en compte : comment faire en sorte qu’ils ne soient pas écrits à l’avance ?

On sait qu’ils ne le sont jamais pour tous, qu’il y a toujours eu de beaux exemples de promotion sociale grâce à l’école républicaine, mais on sait aujourd’hui que, massivement, dans notre pays, les résultats scolaires sont corrélés à l’origine sociale des élèves.

Que trouve-t-on donc dans le programme ?

On trouve d’abord une mesure curieuse, inscrite au deuxième rang, qui, outre qu’elle donne une impression de déballez-moi-ça programmatique, interroge sur le sérieux du programme : « Nous interdirons l’usage des téléphones portables dans l’enceinte des écoles primaires et des collèges ».
Annonce curieuse puisque l’article L511-5 du code de l’éducation, créé par la loi du 12 juillet 2010, stipule : « 
Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l'utilisation durant toute activité d'enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d'un téléphone mobile est interdite[2]».

Concernant la lutte contre les inégalités scolaires d’origine sociale, on peut relever d’abord la première mesure, « la priorité à l’école primaire », même si n’est pas évoquée l’extension nécessaire de la scolarisation précoce en maternelle dans les zones urbaines et rurales en grande difficulté.

 On retient ensuite la mesure concernant les « zones prioritaires » : « Nous limiterons à 12 élèves par enseignant la taille des 12 000 classes de CP et de CE1 en zone prioritaire. Ces enseignants recevront une prime annuelle de 3000 euros nets. Et ils seront plus expérimentés: d’ici 2022, ceux affectés en zones prioritaires auront au moins 3 ans d’ancienneté ». Il y a là un réel engagement à saluer.

On peut noter ensuite celle qui consiste à proposer « à tous un acccompagnement après la classe : au collège, nous rétablirons les études dirigées après la classe grâce à des bénévoles (étudiants et retraités) ». On peut mesurer au choix exclusif des bénévoles étudiants et retraités combien les temps changent. En 2007, Xavier Darcos, ministre de l’éducation nationale du gouvernement Fillon, avait instauré l’accompagnement éducatif en collèges ZEP, généralisé à la rentrée 2008 à tous les collèges, pris en charge prioritairement par les professeurs et les assistants d’éducation[3] : « Les activités sont encadrées principalement par des enseignants volontaires, des assistants d’éducation, des intervenants extérieurs (associations, structures culturelles et sportives...). Peuvent également intervenir des personnels non enseignants, des étudiants, des parents d’élèves, des bénévoles (membres d’associations, enseignants à la retraite...) ». Dix ans plus tard, on se garde bien d’imaginer ce qu’écrivait Xavier Darcos dans cette même circulaire : « les personnels qui participent à l’accompagnement éducatif peuvent percevoir une rémunération en heures supplémentaires effectives ou en vacations, selon leur statut ».

Une autre mesure attire l’attention : « Nous rendrons possible le rétablissement de parcours bi-langues au collège, de parcours européens et d’un véritable enseignement du grec et du latin ». Il s’agit là de déconstruire ce que la réforme du collège de 2016 a promu, au titre justement de la lutte contre les inégalités : la deuxième langue pour tous dès la cinquième, plutôt que deux langues pour quelques-uns soigneusement triés dès la sixième. Il s’agit là sans doute de donner à un électorat de classe moyenne des gages quant à la garantie dès la sixième d’un certain entre-soi culturel. On est d’autant plus fondé à le penser que rien, dans le programme, ne fait référence aux efforts, certes prudents, mesurés, accomplis pour renforcer la mixité sociale dans les établissements où elle est mise à mal par des évitements systématiques de collèges qui deviennent des lieux de relégation sociale et scolaire.

Du coup, ce n’est pas un hasard que le programme  parle d’égalité des chances plutôt que de solidarité pour la réussite de tous. Ainsi préfère-t-on annoncer l’interdiction, promulguée dès 2010, de téléphones portables qu’évoquer, au choix,  la mixité sociale, la solidarité, la gratuité des fournitures et sorties scolaires,  la santé scolaire et le service social, la répartition inégalitaire des dépenses d’accompagnement éducatif selon qu’il s’agit des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles  ou de collégiens (en 2013, 843 € par lycéen de CPGE contre 302 € par écolier ou collégien[4]).

On sait donc vers quelle école nous marcherions avec M. Macron. Une école où un effort serait justement porté sur l’enseignement primaire, notamment en éducation prioritaire, mais où, dès le collège, la course du chacun pour soi serait plus largement  ouverte.


[1] https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071191&idArticle=LEGIARTI000022494861

[3] http://www.education.gouv.fr/bo/2008/25/MENE0800454C.htm

[4] http://observatoire-reussite-educative.fr/ressources/outils/rapports, etudes/2015/rapport-grande-pauvrete-et-reussite-scolaire

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