La recherche en éducation : acteurs, pouvoirs, quelles articulations ?

Dans le dossier de son dernier numéro, La Revue internationale d’éducation de Sèvres passe en revue les freins à desserrer et les leviers à activer pour développer l’articulation de la recherche en éducation avec les politiques publiques et les pratiques des acteurs.

La recherche en éducation, tel est le thème du dossier du dernier numéro paru de la Revue internationale d’éducation de Sèvres (n° 85, décembre 2020[1]). Ce dossier, riche d’études de cas dans neuf pays, a été organisé autour de la confrontation entre trois acteurs : les chercheurs, les décideurs et les professionnels de l’éducation.

Dès l’introduction, J-M de Ketele, coordonnateur du dossier, pose la question du pouvoir : pouvoir de la recherche en éducation sur les décideurs d’une part, sur les pratiques des acteurs de l’éducation d’autre part. Cela le conduit à poser une série de questions de fond : où est le pouvoir de la décision en éducation ? Où est le pouvoir de l’action en éducation ? Des pistes de réponses à ces questions découle l’objectif d’une alliance des pouvoirs de la recherche, de la décision et de l’action, dont les études de cas vont aider à dégager les leviers à saisir et les freins à desserrer pour épanouir l’indispensable intelligence collaborative.

Du côté des freins, on relèvera, au fil des études de cas,  la perméabilité des décideurs aux modèles venus du Nord plus qu’aux résultats de la recherche locale et la réceptivité des élèves et des parents à des réformes contre-intuitives (comme en Afrique) ; les obstacles multiples à un continuum du laboratoire à la classe (comme en France), nés de l’émiettement de la recherche, des cloisonnements disciplinaires, de l’instrumentalisation de certains résultats de certaines recherches par les décideurs ; l’illusion réciproque de certains chercheurs de souffler à l’oreille des décideurs les bonnes décisions et des politiques à légitimer leur pouvoir en instrumentant des chercheurs (Mexique) ; la répression politique, la censure, l’absence de politique fondée sur la recherche (comme dans des pays arabes) ; la concurrence inégale entre petits les grands pays monolingues qui importent les meilleurs chercheurs venus de petits pays bilingues (Angleterre vs Pays de Galles).

Du côté des leviers, on notera l’atout que représente une échelle territoriale  modeste (comme un district de Shanghai, les communes suédoises, le Pays de Galles), qui permet de développer à l’échelle de territoires limités des initiatives expérimentales (Suède) ou un écosystème de preuves (Pays de Galles) ; le rôle moteur de la recherche enseignante (Shanghai), les recherches associant productions de connaissances scientifiques et développement professionnel des acteurs de terrain (Québec), le développement d’interfaces favorisant un lien continu entre chercheurs et praticiens (France[2]), le choix de résoudre des problèmes concrets en s’appuyant sur des preuves scientifiques en instaurant un dialogue tripartite à partir d’un objet permettant d’analyser le système éducatif concerné (Mexique, Russie). On retiendra également l’importance d’un consensus transpartisan sur la politique éducative, et notamment sur un curriculum nouveau remplaçant les frontières disciplinaires traditionnelles par des espaces d’apprentissage et d’expérience intégrés (pays de Galles). Le lecteur français, familier de la rigidité de buffet d’orgues des cloisonnements disciplinaires dans le second degré, pourra se prendre à rêver…

La bibliographie met en valeur des questions de fond sur la recherche en éducation : enjeux du travail sur la preuve en éducation, psychologie cognitive et neurosciences, recherche et politiques éducatives.

Dans ce même numéro, on trouvera dans l’actualité internationale un éclairage, apporté par Philipe Rabaté, sur la force du populisme éducatif en Espagne et aux Amériques, populisme éducatif cité comme obstacle dans la contribution française au dossier, et une présentation du système éducatif et universitaire libyen, cité en contre-exemple dans la contribution venue d’Oman sur les pays arabes. Mais aussi un point sur l'impact des grèves sur les élèves et étudiants au Mali.

Par son dossier comme par son actualité internationale, un numéro utile à la compréhension des enjeux de l'éducation dans le monde.

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[1] https://journals.openedition.org/ries/9897

[2] Contribution signée Xavier Pons et Olivier Rey

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