Accès à la cantine pour tous : réalisé ailleurs, affiché seulement ici ?

Depuis 1948, la Finlande dispose d’un programme universel de repas gratuits pour tous les élèves auquel elle consacre 8% de son budget d’éducation. En France, la mesure de tarification sociale avec un barème plancher d’1€, annoncée en 2018, a toute les chances de n’être qu’une opération de communication, vu le budget programmé pour 2019 et la fin du quinquennat.

 

En novembre 2018, un billet de ce blog s’interrogeait sur le chemin encore long pour un accès à la cantine pour tous[1].

Un  billet d’Anne Plourde, publié le 23 mai sur le site de l’IRIS (institut de recherches et d’initiatives socio-économiques- Québec)[2] nous informe sur la situation au Québec et apporte quelques exemples qui montrent que, loin d’être une utopie, les repas gratuits pour tous les élèves des écoles sont une réalité dans plusieurs pays.

On apprend ainsi que « La Finlande a été une des pionnières de ce type de mesure, puisqu’un programme universel de repas gratuits pour tous les élèves existe dans ce pays depuis 1948[3]. En Angleterre, les élèves de 5 à 7 ans ont tous droit à un repas gratuit à l’école depuis 2014. Et cette liste n’est pas exhaustive : à l’échelle mondiale, ce sont environ 20% des enfants qui reçoivent au moins un repas gratuit par jour à l’école ».

Le billet se préoccupe également du coût d’une telle mesure. « Selon les chiffres les plus récents de l’Institut de la statistique du Québec, un peu plus d’un million d’enfants fréquentent les écoles primaires et secondaires du Québec. On peut donc évaluer le coût d’une universalisation des repas gratuits dans les écoles à environ 800 M$ par année.

Ce chiffre peut sembler considérable, mais il représente à peine plus de 4% du budget du ministère de l’Éducation du Québec, alors que la Finlande consacre 8% de son budget dédié à l’éducation au financement des repas gratuits dans les écoles. En proportion du PIB, les 800 M$ que coûteraient un tel programme au Québec sont comparables au 2,5 milliards que le Brésil y investit chaque année (respectivement 0,18 et 0,12 % de leur PIB) ».

Qu’en serait-il en France ? Sur le site de l’institut de recherches économiques et sociales (IRES), Antoine Math donne dans Eclairages# 013 (janvier 2019)[4] un point de vue très clair, exprimé dès le titre : « les solutions existent, la volonté manque ». S’appuyant sur les préconisations du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, il énumère les mesures à prendre pour éliminer les obstacles à un droit effectif à la cantine scolaire pour tous les enfants, où qu’ils habitent, à quelque milieu qu’ils appartiennent. Il rappelle notamment que dès 2005, le rapport Au possible nous sommes tenus[5] proposait de moduler les tarifs en allant jusqu’à la gratuité. Une proposition de loi du 7 mars 2018, émanant de la majorité parlementaire va dans le même sens[6]. Le 13 septembre 2018, le Président a proposé d’ « appliquer une tarification sociale à la restauration scolaire avec un plafond du barème le plus bas à 1 € » aux écoles, ce qui exclura de la mesure les collégiens et les lycéens. De plus, « aucun moyen significatif n’est envisagé», observe Antoine Math, pour mettre en œuvre cette mesure. 146 millions sur le quinquennat dont 36 millions pour 2019 devraient en effet pourvoir et à la modulation des tarifs des cantines et aux petits déjeuners gratuits dans les écoles défavorisées, et au renforcement des missions des centres de protection maternelle et infantile,  et au plan de formation des professionnels de la petite enfance, et à la lutte contre le désendettement et à la prévention des expulsions locatives. « L’annonce semble se réduire à une opération de communication » conclut Antoine Math.

Quand on constate ce qui se fait en Finlande ou au Royaume Uni, on ne peut que regretter que notre gouvernement et notre président affichent la volonté d’ « investir dans les solidarités pour l’émancipation de tous », traduisent cette volonté dans les 21 mesures de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté[7], mais lui refusent les moyens financiers de sa mise en œuvre. Vous avez dit « école de la confiance » ?

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[1]https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/271118/acces-la-cantine-pour-tous-un-chemin-encore-long

[2]https://iris-recherche.qc.ca/blogue/des-repas-gratuits-pour-tous-les-eleves-une-utopie

[3]https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/manger-et-apprendre-ensemble-la-205139

[4] http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/eclairages/item/5852-eclairages-013

[5]HIRSCH Martin"Au possible nous sommes tenus" : rapport de la Commission Familles, vulnérabilité, pauvreté, FRANCE. Ministère des solidarités, de la santé et de la famille. 

https://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/054000264/index.shtml

[6]http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/tarification_restauration_scolaire

[7]https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dp_annonce_strategie_v26_pages.pdf

Mesure 6 :  «  L'accès à une alimentation équilibrée pour tous : offre de lait et alimentation infantiles à bas prix, un fonds pour proposer dans les écoles des petits déjeuners et développer l'éducation alimentaire en associant les parents, des tarifs de cantines accessibles à toutes les familles dans les petites communes fragiles »

 

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