Le bien-être à l’école : variable selon les lieux et les genres ?

Si, globalement, filles et garçons expriment un sentiment de bien-être équivalent à l’école, il n’en va pas de même selon les lieux de l’école, notamment la salle de classe et le terrain de sport. En revanche, ils et elles expriment un fort taux d’émotions négatives à propos des toilettes, du chemin qui conduit à l’école et de la grille de l’école.

Dans le dernier numéro d’Education et formations[1]un article d’Aude Kerivel (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire- INJEP )analyse les résultats de plusieurs expérimentations, soutenues par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, portant sur Genre et lutte contre le harcèlement à l’école[2].

Dans le cadre de ce billet, nous nous contenterons d’évoquer les enseignements à tirer d’un des tableaux de cet article, présentant en pourcentage les émotions exprimées ( bien-être, tristesse, colère, peur) selon les lieux de l’école ( cantine, terrain de sport, salle de classe, cour de récréation, grille de l’école, couloir, toilettes, chemin de l’école) par les élèves de 22 classes de CM1 du département de la Sarthe, avant le dispositif d'enquête « éducation à l’empathie ».

 Il ressort de ce tableau quelques indications nettes. Aude Kérivel constate que  « cour de récréation et cantine arrivent dans le « top trois » des lieux où les enfants se sentent le mieux. En revanche, filles et garçons n’ont pas le même sentiment sur le terrain de sport et dans la salle de classe. Si le terrain de sport est le lieu des garçons, et, à l’inverse, l’un des trois lieux où les filles se sentent le moins bien (20 % d’entre elles sont en colère), la salle de classe semble être, quant à elle, davantage l’espace des filles. En effet, 67 % d’entre elles évoquent un sentiment de bien-être tandis que c’est le cas de seulement 53 % des garçons. 23 % des garçons sont en colère, alors que ce n’est le cas que de 10 % des filles ».

Mais on peut aller plus loin. On ne s’étonnera pas de voir que les pourcentages de colère les plus forts (25% des filles et des garçons) et de bien-être les plus bas (41% des filles et 50% des garçons) concernent les toilettes. A cela s’ajoutent un sentiment de tristesse pour 13% des filles et 8% des garçons et de peur pour 11% des filles et 10% des garçons, confirmant bien les toilettes comme éternel parent pauvre des locaux scolaires, sauf exception. On observera également, qu’en dehors des toilettes, c’est la grille de l’école et le chemin qui y conduit qui recueillent, après les toilettes,  les taux les plus bas de bien être (53% des filles et 52% des garçons pour la grille, 57% des filles et 51% des garçons pour le chemin), et des taux élevés de colère (19% des filles et 24% des garçons pour la grille, 8% des filles et 21% des garçons pour le chemin). La grille de l’école recueille aussi un taux notable de tristesse (14% des filles et 10% des garçons), le chemin rassemblant les plus forts taux de peur exprimée par 17% des filles et 13% des garçons.

De ces données, il y a deux apports à retenir.

Le premier concerne, pour les collectivités municipales, départementales et régionales comme pour les équipes d’école, de collège et de lycée, l’importance du travail à conduire sur les toilettes des écoles et établissements scolaires, comme sur la sécurisation des abords de ces derniers.

Le second concerne ce que l’auteure souligne en écrivant qu’ « une approche par espace (…) rend visible l’expérience différenciée des filles et des garçons ». Si, en effet, de manière globale, le sentiment de bien-être à l’école varie peu entre filles et garçons (58% pour les filles, 59% pour les garçons), « dès lors que l’on s’attache à regarder dans le détail les émotions dans les lieux de l’école, il apparaît des différences qui témoignent de l’effet genre et des potentiels rapports de domination d’un groupe sexué sur un autre selon l’espace où il se trouve ». Il existe une géographie des filles et des garçons : les premières sont ainsi 67% à exprimer leur bien-être en salle de classe et 42% à exprimer colère, tristesse ou peur sur le terrain de sport, alors que les garçons sont 84% à exprimer leur bien-être sur le terrain de sport et 39% à exprimer colère, tristesse ou peur en salle de classe. Ces données confirment les résultats de la recherche sur cette question depuis les années 90. « Des filles socialisées au « métier d’élève » [Baudelot, Establet, 1992 ; Duru-Bella, 2004] qui depuis plusieurs générations continuent de réussir mieux que les garçons à l’école et des garçons, qui par les lignes du terrain de football, loisir non neutre, apprennent à s’approprier l’espace public [Raibaud, 2007] : des constats qui rejoignent les travaux des sociologues et des géographes menés depuis plus de vingt ans. L’asymétrie genrée est intégrée par les premiers concernés. Les filles savent qu’elles doivent contourner le terrain de foot pour ne pas être bousculées [Raibaud, 2007]. Les garçons estiment que les enseignants préfèrent les filles, qui ne sont jamais punies [Ayral, 2011, p. 139] ».

Il y a là encore des éléments précieux à prendre en compte dans les écoles, collèges et lycées si l’on veut améliorer le climat scolaire pour toutes et tous.

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[1]http://www.education.gouv.fr/cid134408/l-egalite-entre-les-filles-et-les-garcons-entre-les-femmes-et-les-hommes-dans-le-systeme-educatif-vol.-2.html

[2]http://cache.media.education.gouv.fr/file/revue_97/11/5/depp-2018-EF97-web-02_1007115.pdf

 

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