PISA 2018 : l’ordre et la discipline, priorités pour l’école française ?

Si l’enquête PISA 2018 met en lumière la question de la discipline dans l’enseignement français, il n’est pas inutile d’observer en quels termes, il y a dix ans, la question avait été évoquée à l’assemblée nationale.

Si l’on en croit l’analyse du Café pédagogique, selon PISA 2018, « la discipline (est) le problème n° 1 de l’école française »[1].

C’est l’occasion  d’un retour en arrière de dix ans seulement, sous le quinquennat de M. Sarkozy. Le ministre d’alors, Luc Chatel, dont le DGESCO était alors M. Blanquer, répondait le 19 avril 2011 à une question écrite posée le 20 octobre 2009, par le député UMP du Gard, M. Etienne Mourrut, dont voici le texte intégral[2] :

«M. Étienne Mourrut attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur les violences à l'école. Face aux violences de plus en plus fréquentes que nous avons à déplorer dans les établissements scolaires, le Gouvernement entend proposer la mise en place d'un plan de sécurisation. L'association SOS-éducation, qui oeuvre à la défense de l'école pour promouvoir une éducation de qualité fondée sur des programmes cohérents et des méthodes d'enseignement éprouvées proposent (sic) un certains nombre de mesures de bon sens telles que : le respect de l'autorité des professeurs, la réintroduction de la fonction de surveillant général, la création de cours de civisme, l'exclusion définitive à la troisième infraction grave ou encore la restauration des internats spécialisés ou le rétablissement de prix et de récompense pour les élèves méritants. Aussi, il lui demande s'il entend prendre en considération ces requêtes dans le plan de sécurisation des établissements scolaires».

La réponse du Ministre, un an et demi plus tard, ne manque pas d’intérêt. «  Les mesures préconisées dans la présente question écrite correspondent dans une large mesure à celles que le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, met actuellement en oeuvre, à la suite des états généraux de la sécurité à l'école, qu'il a organisés et qui se sont déroulés les 7 et 8 avril 2010, et aux annonces du Président de la République lors de son discours du 5 mai 2010 ». Les lecteurs attentifs de l’intégralité de la réponse ministérielle noteront que le ministre ne parle ni des surveillants généraux, ni de ceux qui, depuis 1970, en « sont les héritiers à divers égards », comme l’indique la circulaire de 1972 à propos des conseillers (principaux) d’éducation. La réintroduction de la fonction de surveillant général n’était sans doute pas incluse dans la politique ministérielle ni dans les orientations définies par le Président de la République, toutefois le ministre n’avait pas éprouvé le besoin d’exclure explicitement cette réintroduction de ses objectifs. Il est vrai, en effet,  que, dans sa réponse, il fait référence aux « préfets des études », recréation liée  au programme CLAIR puis ECLAIR destiné aux établissements les plus sujets à un climat scolaire difficile et à la violence. Avec le préfet des études, hérité du ratio studiorum des jésuites (16esiècle), le ministre faisait alors en matière de réintroduction, bien plus fort que le député qui ne proposait que de réintroduire un corps, celui des surveillants généraux, apparu seulement en 1819 dans les lycées…

L’ex-DGESCO devenu ministre sera-t-il une nouvelle fois sollicité, après PISA 2018, sur le besoin de réintroduire les surveillants généraux pour assurer « le maintien de l’ordre et de la discipline » comme l’indiquaient les circulaires de 1956 et 1965 sur la place et les missions des surveillants généraux dans les établissements scolaires ? L’avenir nous le dira.

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que poser la question du maintien de la discipline au travers d’un personnel particulier, surveillant général ou préfet des études, ou d’un corps, celui des conseillers principaux d’éducation, et non au travers d’une politique pédagogique et éducative partagée par les personnels, les parents, les partenaires institutionnels et associatifs des établissements scolaires, ne peut en aucun cas résoudre la question posée. Ce petit retour en arrière de dix ans permet sans doute de le mesurer.

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[1]http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/12/03122019Article637109412297725255.aspx

[2]http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-61195QE.htm

 

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