Echec scolaire : l’école comme verdict, une fatalité ?

On ne peut pas se résoudre à un taux incompressible de 15% d’enfants, de jeunes en échec scolaire. Une note du conseil scientifique de la FCPE examine les multiples dispositifs d’aide aux élèves et permet de tracer quelques pistes pédagogiques. Mais il ne faut pas oublier la dimension sociale, sanitaire et culturelle de la question de l’échec scolaire.

La dernière note du conseil scientifique de la FCPE[1]est intitulée La lutte contre l’échec scolaire : les limites des dispositifs.

On en retiendra d’abord un pourcentage constant, celui de 15%, qui correspond au taux d’élèves en grande difficulté de lecture à la fin de l’école primaire, à celui de jeunes gens dans la même situation lors des journées défense citoyenneté, et à celui des élèves sortis sans diplôme de leur parcours scolaire. Taux dont l’invariabilité questionne, en ce qu’elle semble indiquer la persistance jusqu’au bout de l’échec constaté à la fin de la scolarité primaire, malgré tous les dispositifs d’aide mis en place au cours de la scolarité.

On en retiendra ensuite la distinction entre élève en échec et élève en difficulté, comme si l’école s’attachait par de multiples moyens à prévenir la transformation de la difficulté en échec, mais avait renoncé à s’attaquer à l’os de l’échec.

On en retiendra encore la liste non exhaustive de ces dispositifs cumulés, dont la note énumère une douzaine d’entre eux, du redoublement de l’élève au dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire, des RASED à Devoirs faits, des programmes personnalisés de réussite éducative à la scolarisation précoce, pour ce qui est des dispositifs internes, sans oublier les dispositifs externes, de l’aide aux devoirs externalisée aux orthophonistes.

Et tout cela fait l’objet d’une évaluation doublement décevante : d’une part parce qu’elle est partielle ou inexistante pour certains dispositifs, d’autre part, parce qu’une majorité d’élèves en difficulté relèvent de plusieurs d’entre eux, enfin parce que les évaluations existantes font apparaître dans certains cas des impacts nuls, voire négatifs sur la réussite des élèves concernés. Comme si, en matière d’échec scolaire, l’enfer était aussi pavé de bonnes intentions.

La note fournit cinq éléments de réponse qui pourraient permettre de mieux comprendre ce qui se passe et de revisiter le maquis des dispositifs existants.

Le premier tient à l’effet Pygmalion, décrit par Rosenthal[2], selon lequel des attentes élevées de la part du maître conduisent l’élève a des performances meilleures qui si les attentes à son égard sont plus basses. Le deuxième tient au fait que certains dispositifs interviennent sur le temps des apprentissages en classe, et privent ainsi les élèves concernés d’une part des enseignements qui y sont dispensés. Le troisième tiendrait à la faiblesse de l’horaire consacré à l’aide personnalisée : une quinzaine d’heures par an en moyenne en France quand certaines études situent l’efficacité au seuil de 30 heures (soit moins d’une heure par semaine sur une année scolaire). Le quatrième tient aux effets de l’externalisation, qui fragilise continuité et cohérence des apprentissages et déresponsabilise l’enseignant. Le cinquième est lié au fait que l’élève est plus réceptif à l’aide reçue en classe qu’à une aide extérieure.

Ces éléments permettent par exemple de penser que le dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire créent de meilleures conditions pour l’aide apportée en classe par le maître et que le dispositif "Devoirs faits " gagnerait à être très étroitement articulé à la classe et aux enseignants qui y interviennent. Ils permettent également de penser que le dispositif « plus de maîtres que de classe » initié en 2013 allait dans une bonne direction.

Il y a là sans doute des pistes pour échapper à  une forme de déterminisme qui pèserait sur les 15% d’élèves perçus comme en échec, pour qui l’école aurait rendu très tôt un verdict sans appel.

On n’oubliera pas non plus qu’à la suite du rapport de Jean-Paul Delahaye, Grande pauvreté et réussite scolaire (mai 2015), un plan d’action Une école solidaire pour la réussite de tous[3] mettait l’accent tout à la fois sur des pratiques et un accompagnement pédagogiques attentifs aux besoins de chaque élève, mais aussi sur les moyens financiers et humains nécessaires et sur une plus grade attention apportée aux conditions de vie des familles. On ne peut en effet lutter contre l’échec scolaire qu’avec des moyens strictement pédagogiques. En 2018, la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté[4] a mis l’accent sur des moyens éducatifs renforcés mais aussi sur la garantie  pour tous les enfants d’une alimentation équilibrée, d’un accès à la culture, aux loisirs, aux vacances et à la bonne santé. C’est en effet en tenant les deux bouts de la chaîne, pédagogique et éducative, mais aussi sanitaire, sociale et culturelle, que la lutte contre l’échec pourra être plus efficace.

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[1]Céline PIQUÉE, maître de conférences en sciences de l'éducation à l’université de Haute-Bretagne (Rennes II), La lutte contre l’échec scolaire : les limites des dispositifs, Note du conseil scientifique de la FCPE n° 19, septembre 2019

https://www.fcpe.asso.fr/sites/default/files/ressources/NoteCS_no16_BAT.pdf

[2]Rosenthal, R.A., Jacobson, L. (1968). Pygmalion in the classroom: Teacher expectations and pupil's intellectual development, New York, Holt, Rinehart and Winston ; trad. Frçse. (1971), Pygmalion à l'école, éd. Casterman.

[3]https://www.education.gouv.fr/cid113555/une-ecole-solidaire-pour-la-reussite-de-tous.html&xtmc=scolarisationdesdeuxans&xtnp=1&xtcr=5

[4]https://www.education.gouv.fr/cid133971/strategie-de-prevention-et-lutte-contre-la-pauvrete-les-mesures-pour-la-jeunesse.html

 

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