Un « bon élève » : qu’est-ce à dire ?

D’une journée passée avec des professeurs principaux de troisième et de seconde de lycée général et technologique d’un même site en réseau d’éducation prioritaire, je retiens, parmi de multiples enseignements, ce que « bon élève » peut vouloir dire, dans un contexte et dans un autre.

D’une journée passée avec des professeurs principaux de troisième et de seconde de lycée général et technologique d’un même site en réseau d’éducation prioritaire, je retiens, parmi de multiples enseignements, ce que « bon élève » peut vouloir dire, dans un contexte et dans un autre.

Ecoutons d’abord les professeurs principaux de seconde parlant des élèves qu’ils ont accueillis en septembre, à leur sortie du collège. Ce qui fait l’écart entre les élèves, c’est moins un écart de connaissances acquises, qu’une fracture dans la maîtrise des méthodes de travail. Certains savent se mettre au travail, et accomplir un travail efficace. D’autres travaillent mais inefficacement, d’autres encore ne savent pas se mettre au travail. Précisant leurs observations, les professeurs principaux de seconde mettent l’accent sur la mémorisation, la régularité du travail, la prise de notes, et sur ce que l’on fait de la trace écrite du cours. Ce qui les frappe également, c’est le très grand écart existant à leurs yeux entre les compétences requises pour le diplôme national du brevet en fin de troisième, et celles requises pour les épreuves anticipées du baccalauréat en première. Bien des élèves leurs paraissent mal préparés à affronter ce grand écart.

Ecoutons ensuite les professeurs principaux de troisième dans des collèges d’éducation prioritaire. Ils font observer à leurs collègues du lycée général et technologique que les élèves de seconde provenant de ces collèges comptent parmi les meilleurs de ceux qui sont accueillis en troisième. Mais que signifient "les meilleurs" ? Ce sont des élèves qui ne sont pas en grande difficulté scolaire, « qui « s’accrochent », qui s’investissent  et qui ont envie de réussir, sans avoir nécessairement de bons résultats scolaires ».  Ces élèves-là ont déjà la force et le mérite de résister à la pression qui pèse sur ceux qui font figure de « bons élèves » : « il ne fait pas bon être bon élève, notamment en 4e et 3e » rappelle une professeure. Du coup, bien des élèves « n’ont envie de rien au collège », sinon d’en sortir au plus vite. Et ce désintérêt ne porte pas que sur les activités spécifiquement scolaires, dans la classe, mais sur toute l’offre éducative du collège, comme les sorties ou voyages scolaires. Les professeurs de collège observent aussi que trop souvent, les espaces d’étude et de travail hors les classes sont insuffisamment accessibles et incitatifs au travail personnel.

On voit alors se préciser le dessin de ce que des professeurs entendent en parlant de « bons élèves ». Au lycée, ce serait ceux qui ont acquis au collège les méthodes et la maîtrise des instruments d’apprentissage. En collège d’éducation prioritaire, notamment en REP+,  le "bon élève" est simplement celui qui s’accroche, qui ne renonce pas à apprendre, même s’il ne s’est pas encore approprié les instruments et méthodes d’apprentissage.

C’est souligner au passage l’importance dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture[1], qui fixe le cap pour les élèves jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire -16 ans-, du domaine  les méthodes et outils pour apprendre  qui met l’accent sur une compétence jusqu’ici implicite dans notre enseignement de second degré.

Se perçoit, à travers ces échanges entre professionnels de l’enseignement au collège et au lycée général et technologique, une évolution de la représentation du "bon élève" : non pas celui qui sait, parce qu’il a emmagasiné bon nombre de connaissances dispensées à l’école, mais celui qui a appris à s’informer, rechercher des documents pertinents pour son apprentissage, celui qui sait travailler avec les autres pour réaliser des projets, et organiser son travail pour apprendre efficacement. 


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/Organismes/47/7/CSP_-_Projet_de_socle_commun_de_connaissances,_de_competences_et_de_culture_334477.pdf

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