Lettre aux professeurs : des oubliés dans la gouvernance épistolaire ?

Quand, à propos de la réforme des retraites, le ministre adresse une « lettre aux professeurs », pense-t-il aux 230 000 « non-enseignants », qui sont tout autant que leurs collègues professeurs concernés par cette réforme ?

Il y a l’illustre exemple de Jules Ferry écrivant une circulaire en forme de lettre aux instituteurs, parce qu’il s’agissait d’éclairer le sens même de leur mission républicaine et que le choix de la forme épistolaire exceptionnelle en marquait toute l’importance personnelle pour le ministre comme pour chaque instituteur.

Il y  a désormais un contre-exemple.

Sur la réforme des retraites, qui concerne notamment tous les agents de la fonction publique, le ministre écrit le 3 décembre une lettre aux professeurs[1], comme si tous les autres personnels de l’éducation nationale n’avaient pas droit à la même « considération distinguée » que les professeurs. Faut-il rappeler que, parmi les personnels de l’éducation nationale, il y a près d’un million de professeurs mais aussi plus de 230 000 personnels appelés « non enseignants », ce qui est un indicateur de la considération qui leur est portée par leur employeur même.

Un peu plus tôt, le jeudi 3 octobre, le Bulletin officiel avait  publié le décret n° 2019-935 du 6-9-2019 portant création d'une allocation de formation aux personnels enseignants relevant de l'éducation nationale dans le cadre de formations suivies pendant les périodes de vacances de classe[2]. L'intitulé parle de lui-même : seuls les enseignants sont bénéficiaires de cette allocation ; ne le sont pas, par exemple, d'autres personnels concernés aussi par les vacances scolaires comme par les formations proposées pendant celles-ci : c'est le cas, par exemple, des personnels d'éducation, notamment des conseillers principaux d'éducation.

Tout se passe donc comme si tous les personnels de l’éducation nationale ne méritaient pas une attention égale de la part de leur ministre, alors même que, depuis six ans déjà, les personnels du professorat et de l’éducation relèvent d’un même référentiel de compétences (arrêté du 1 juillet 2013[3]). Ne serait-il pas bienvenu que, dans sa gouvernance épistolaire, le ministre ne l’oublie pas ?

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[1]https://www.education.gouv.fr/cid147409/projet-de-reforme-des-retraites-lettre-de-jean-michel-blanquer-aux-professeurs.html&xtmc=lettreauxenseignants&xtnp=1&xtcr=7

[2]https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=145252

[3]https://www.education.gouv.fr/cid73215/le-referentiel-de-competences-des-enseignants-au-bo-du-25-juillet-2013.html

 

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