Circulaire du 4 mai : l’école de l’instruction avant tout ?

La circulaire signée du ministre sur la réouverture des écoles, collèges et lycées, fait l’impasse sur des éléments essentiels d’inclusion scolaire, alors même que la réouverture des établissements scolaires a pour objectif de ne pas aggraver les inégalités sociales. L’école de sortie du confinement serait-elle inspirée par celle de l’instruction publique ?

La circulaire du 4 mai 2020, relative à la réouverture des écoles et établissements et aux conditions de poursuite des apprentissages[i], est signée par le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. C’est dire son importance est combien elle peut être représentative de la manière dont le ministre et son administration conçoivent ce que les lieux d’apprentissage que sont les écoles, les collèges et les lycées peuvent apporter à des élèves confinés chez eux pendant deux mois.

Sont cités plus de vingt fois dans la circulaire les « enseignements », les « professeurs » et près de vingt fois les « classes ».

Ce qui est au cœur des apprentissages, c’est donc les enseignements en classe, conduits par un professeur qui fait « cours » (cité 5 fois).

Les autres lieux et espaces d’apprentissage que sont les bibliothèques et centres de documentation et d’information, les cours de récréation, les restaurants scolaires, les internats ne sont pas cités une seule fois. Les récréations ne le sont qu’une fois à propos des élèves de CP dont l’emploi du temps doit compter « une heure par jour est consacrée à l’activité physique, temps des récréations compris ». Il ne s’agit que d’un temps, pas d’un espace.

Les personnels d’éducation sont cités une fois : conseillers principaux d’éducation (CPE), assistants d’éducation et ceux qui ont particulièrement en charge les élèves en situation de handicap (auxiliaires de vie scolaire –AVS- devenus accompagnants d’élèves en situation de handicap -AESH). Les psychologues de l’éducation nationale sont cités quatre fois, les personnels sociaux deux fois, ceux de santé une fois. La circulaire ne manque pas d’énumérer les« membres des équipes éducatives : professeurs, directeurs d’école et chefs d’établissement, inspecteurs, conseillers principaux d’éducation, personnels sociaux et de santé, psychologues de l’éducation nationale, personnels administratifs et techniques, accompagnants des enfants en situation de handicap et assistants d’éducation ».  Tout est-il donc dit ?

On peut comprendre que les préoccupations sanitaires soient un frein provisoire à la coopération entre les élèves, à leurs récréations, à la mise en place de la restauration scolaire ou des internats. Mais il faut alors l’indiquer dans cette circulaire portant sur la poursuite des apprentissages. Il ne suffit pas d’écrire, au début de la circulaire, que « le risque d’aggravation des inégalités sociales est considérable dès lors que chaque enfant est renvoyé à son seul contexte familial », pour que ce risque disparaisse dès lors que les cours ont lieu. Certes, la circulaire prévoit pour les élèves décrocheurs ou en situation de décrochage « des groupes multi-niveaux peuvent être constitués pour scolariser des élèves prioritaires dont les cours n’ont pas repris ». Mais ces élèves ont-ils seulement et avant tout besoin de cours ?

Avec son silence sur ces questions, tout se passe donc comme si la réouverture des écoles et des établissements pouvait s’envisager sans aucune urgence particulière à permettre l’accès aux ressources des bibliothèques scolaires, à la demi-pension et à l’internat, quand on sait combien de jeunes des milieux populaires ont été touchés chez eux par l’absence de ressources alimentaires et éducatives.

C’est comme si l’école de sortie du confinement se focalisait sur le coeur de l’école d’avant, les enseignements en classe, pilotés par un professeur. C’est comme si les questions d’inclusion scolaire, d’accès aux ressources des centres de documentation et d’information, à une restauration scolaire permettant à tous les enfants de se nourrir de manière équilibrée, ne se posaient pas plus en 2020 qu’on ne se les posait sous la troisième République. A l’exception de quelques changements de nomenclature ou de quelques lignes, c’est à se demander si un ministre de l’instruction publique, comme ce fut le cas jusqu’en 1932, n’aurait pas pu signer une circulaire marquée du même esprit.

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[i] https://www.education.gouv.fr/circulaire-relative-la-reouverture-des-ecoles-et-etablissements-et-aux-conditions-de-poursuite-des-303552

 

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