Crise de la COVID : une « cure de jouvence pour les écoles » ?

Pour les chefs d’établissements suisses, la crise de la COVID peut avoir un impact positif sur l’avenir de l’école, notamment en améliorant les relations entre parents, élèves et enseignants et en renforçant une approche pédagogique plus ouverte.

Paradoxalement, la fermeture des écoles et établissements scolaires pendant de longues semaines de scolarité, et le recours à l’enseignement à distance n’auraient pas nui à la vitalité des écoles. C’est en tout cas le point de vue des directeurs d’écoles et d’établissements scolaires de Suisse alémanique, romande et du Tessin, selon l’enquête réalisée en mai auprès d’eux[1] conjointement par la VSLCH (Verband Schulleiter deutsch Schweiz)[2] et la Conférence latine des chefs d’établissement de la scolarité obligatoire (CLASESO)[3].

L’enquête confirme le manque de chefs d’établissement et d’enseignants. Si la parité au sein des postes de chefs d’établissement est acquise en Suisse alémanique (50% de femmes), mais pas en Suisse romande (30%), en revanche, le manque d’enseignants est plus fort en Suisse alémanique.

L’expérience d’enseignement à distance a été vécue positivement de plusieurs points de vue.

D’abord, « la distance crée également de la proximité : les enseignants et les écoliers ont trouvé de nouveaux canaux d’échange et ont fait preuve d’une grande ouverture dans la communication ».

Ensuite, des progrès d’apprentissage impressionnants sont notés en particulier en ce qui concerne les compétences numériques. « Même des voix critiques ont compris la valeur de divers outils de collaboration et d’enseignement axés sur les compétences. De nombreux(euses) chef(fe)s d’établissement souhaitent donc que des éléments de l’enseignement à distance se poursuivent en présentiel ».

D’autre part,  « la plupart des écoliers ont montré qu’ils sont plus à l’aise avec des responsabilités plus personnelles. Les chef(fe)s d’établissement voient une nouvelle opportunité de passer des cours classiques à des formes d’apprentissage plus ouvertes, trans-sectorielles et interclasses. L’accent devrait être mis davantage sur les forces et les talents des écoliers que sur leurs faiblesses. La joie d’apprendre doit chasser la peur de l’échec ». 

Enfin,  « l’appréciation mutuelle des chef(fe)s d’établissement, des enseignants et des parents a augmenté. La réputation des écoles avec leurs tâches, qui vont bien au-delà de l’enseignement purement scolaire, s’est accrue face au public ». Cela pourrait avoir un impact positif sur la crise d’attractivité du métier d’enseignant confirmée par l’enquête annuelle.

On retiendra de cette enquête helvétique quelques données intéressantes.

1/ L’enseignement à distance, s’il a été marqué par le décrochage d’une partie des élèves, a permis, pour ceux qui l’ont suivi, l’amélioration de la relation entre élèves et enseignants, plus personnelle,  plus attentive.

2/ L’enseignement à distance a produit deux effets complémentaires touchant les élèves et les enseignants : une meilleure maîtrise des outils numériques de communication et une autonomisation plus grande des élèves dans leur travail scolaire. « Il y a eu des effets bénéfiques de la crise sur la créativité et l’amélioration des compétences numériques... » indique ainsi un répondant à l’enquête.

3/ L’ensemble de ces facteurs conduit à imaginer non un retour à la pédagogie traditionnelle une fois l’enseignement redevenu présentiel, mais la mise en oeuvre d’une pédagogie plus ouverte, donnant plus de place à l’engagement des élèves et les faisant sortir des murs de la classe en collaborant avec d’autres. 71% des répondants en Suisse latine espèrent « que les outils pédagogiques mis en place dans le cadre de la crise auront des impacts positifs sur le développement des apprentissages[4] ». La "joie d'apprendre" est un facteur déterminant du succès des apprentissages.

Si l’expérience du confinement a donc provoqué bien des frustrations, notamment pour les élèves l’absence de relation présentielle avec les amis d’école, elle pourrait se traduire, une fois la crise passée, par une  amélioration du bien-être des élèves à l’école,  et de la qualité de leurs apprentissages.

On notera que les chefs d’établissements suisse observent que l’école ne saurait de réduire à l’enseignement purement scolaire : ce que l’expérience de la crise sanitaire a démonté, c’est le rôle essentiel de la relation éducative, qui va bien au delà de la « continuité pédagogique » choisie comme axe de travail majeur par le ministère français de l’éducation nationale.

Ce qui est une vérité au delà du Jura le reste-t-il en deçà ?

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[1] https://www.claceso.ch/fr/enquete-la-crise-du-covid-comme-cure-de-jouvence-pour-les-ecoles/

[2] https://www.vslch.ch/

[3] https://www.claceso.ch/fr/1060-2/

[4] https://www.claceso.ch/fr/wp-content/uploads/2020/06/sondage-profil-direction-CLACESO-2020.pdf

 

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