Circulaire(s) de rentrée : l’éducation à la découpe ou façon puzzle ?

Les circulaires de rentrée, publiées au début du printemps, avaient pour objectif de présenter une vision du cap fixé à l’enseignement scolaire pour l’année scolaire à venir. Cette année, c’est fin mai qu’a commencé la publication par tranches de la circulaire de rentrée : s’agirait-il d’éviter « la mise en débat du schéma d’ensemble » ?

Le Bulletin officiel n°23 du 6 juin publie la « circulaire de rentrée 2019- Ecole inclusive[1]», qui intervient après la publication, dans le numéro précédent du 29 mai, de la « circulaire de rentrée 2019 – Les priorités pour l’école primaire[2] », incluant les « recommandations pédagogiques pour l’école maternelle ». Pourraient logiquement suivre, fort tardivement donc,  une circulaire de rentrée 2019 pour le collège et une circulaire de rentrée 2019 pour le lycée.

Le ministère innove donc en ce domaine. Jusqu’en 2017, LA circulaire de rentrée fixait la ligne de l’enseignement scolaire, de la maternelle à la fin du lycée. Mais l’année scolaire 2018-2019 avait été placée résolument sous le signe de l’école de la confiance, avec la publication le 28 août d’ « Ensemble pour l’école de la confiance : année scolaire 2018-2019[3] », qui commençait par « En cette rentrée, de la maternelle au lycée, nous amplifions les perspectives ouvertes à la rentrée passée et nous déployons les mesures présentées au cours des mois écoulés», unifiant encore une fois l’enseignement scolaire, et le 31 août, d’une « lettre de Jean-Michel Blanquer aux personnels de l’éducation nationale[4] » dans laquelle il présentait à tous « les grandes priorités pour l’année qui commence » : « transmettre les avoirs fondamentaux à tous les élèves », « préparer la réussite dans l’enseignement supérieur et la vie professionnelle », « éduquer aux valeurs de la République ».

Pour la première fois depuis des décennies, la rentrée 2019 se prépare donc à la découpe, en recourant à un mélange d’approches segmentée (« l’école primaire », traitée séparément du collège, alors qu’elle constitue avec lui l’école du socle commun, et que la continuité entre école et collège constitue une priorité éducative) et transversale (« l’école inclusive »).

La politique éducative nationale pour l’année à venir est donc présentée sous la forme de pièces d’un puzzle, dont le sens global n’est pas affiché. Il est vrai que le projet de loi pour une école de la confiance, qui devrait être définitivement adopté en ce mois de juin pourrait fixer le cap, s’il n’était pas lui même constitué de pièces d’un puzzle dont la globalité n’est pas perceptible au premier abord. Dans une tribune publiée le 11 mars dans Le Monde[5], Xavier Pons, chercheur en sciences de l’éducation, écrivait à propos de ce projet de loi : « Tel un puzzle, la politique du ministre prendra tout son sens lorsque la dernière pièce sera ajoutée », ce qui permet « d’éviter soigneusement la mise en débat du schéma d’ensemble ».

Apparemment, la politique du puzzle se poursuit avec ces circulaires de rentrée à la découpe. Ainsi, par exemple, les personnels des lycées, particulièrement exposés avec la poursuite de la mise en œuvre de la réforme du lycée et celle du baccalauréat, attendront sagement pour la mi-juin au plus tôt, la pièce du puzzle qui les concerne. C’est sans doute une manifestation de ce que le ministre appelle « l’école de la confiance ».

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[1]https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=142545

[2]https://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=142385

[3]https://www.education.gouv.fr/cid133383/ensemble-pour-l-ecole-de-la-confiance-annee-scolaire-2018-2019.html

[4]https://www.education.gouv.fr/cid133446/rentree-2018-lettre-de-jean-michel-blanquer-aux-personnels-de-l-education-nationale.html

[5]https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/11/tel-un-puzzle-la-politique-du-ministre-prendra-tout-son-sens-lorsque-la-derniere-piece-sera-ajoutee_5434440_3224.html

 

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