Formation des nouveaux professeurs : qu’en disent les intéressés ?

Une enquête réalisée en cours d’année scolaire auprès de professeurs débutants donne quelques indications sur la manière dont ils vivent leur année de formation. Leurs réponses soulignent le rôle clé de leur établissement d’accueil.

C’est une fort intéressante enquête, réalisée dans l’académie d’Aix-Marseille entre décembre et janvier, dont le ministère a publié les résultats[1].

Les professeurs du second degré débutent dans le métier avec une année de formation où, d’une part, ils exercent dans un collège, lycée ou lycée professionnel avec une classe en responsabilité, accompagnés notamment par un tuteur, l’autre part de leur formation se déroulant  en école supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE). 46% d’entre eux ayant répondu, l’enquête a quelque validité.

Le questionnement a porté sur leur accueil (dans l’académie, dans l’établissement et à l’ESPE), la fréquence des rencontres avec les acteurs de leur formation, le suivi de proximité, la charge de travail pendant le 1er trimestre, et l’opinion sur l’année de stage.

Quelles sont les lignes de force qui se dégagent des réponses ?

Visiblement, les professeurs stagiaires plébiscitent l’établissement où ils exercent.
Pour l’accueil, ils sont 88% de satisfaits contre 12 en ce qui le concerne, alors qu’ils sont 78% satisfaits contre 22 de l’accueil académique, l’ESPE arrivant en dernière position, avec 69% de satisfaits contre 31.

Sur la fréquence des rencontres au cours du 1er trimestre avec les différents acteurs de leur formation, c’est le tuteur de terrain, le plus souvent dans l’établissement, qui arrive en tête, avec 63% de rencontres toutes les semaines (et 20% par quinzaine). Le référent ESPE, plus distant n’est rencontré chaque semaine que par 29% des stagiaires (et 16% par quinzaine) ; notons que pour 15% des professeurs, il n’y a eu aucune rencontre avec le référent ESPE. Les rencontres hebdomadaires avec le chef d’établissement   concernent 12% des professeurs stagiaires (24% les rencontres mensuelles) ; notons que 17% ne l’ont jamais rencontré. Quant aux inspecteurs, 56% des professeurs stagiaires ne les ont pas encore vus, 38% les ont vus une fois et 7% plusieurs fois.

L’importance du rôle du tuteur est confirmée par les réponse suivantes : 57% des professeurs stagiaires ont eu au moins 4 visites (dont 27% plus de 6), et 52% jugent son apport essentiel, 38% le jugeant important.

Pour 69% des professeurs stagiaires, la charge de travail hebdomadaire est supérieure à 40 heures (dont 22% à plus de 50h), le temps de travail consacré à la préparation des cours et aux corrections (pour un temps de service partiel) est de plus de 15h pour 48% d’entre eux, et entre 11 et 15 h pour 37%. Le temps moyen de trajet pour se rendre sur le site de formation de l’ESPE est de plus d’une heure pour 43% (dont 8% plus de 2h).

L’opinion sur l’année de stage valorise une nouvelle fois l’établissement : 62% de satisfaits contre 38%, alors que le parcours de formation à l’ESPE est jugé inadapté par 66% contre 34% qui le trouvent adapté.

Ces résultats méritent d’être mis en perspective. On ne peut pas mettre sur le même plan la disponibilité d’un référent ESPE et celle d’un tuteur in situ, ni celle d’un chef d’établissement et d’un inspecteur. On doit aussi faire la part des attentes très concrètes, pratiques des professeurs stagiaires confrontés à la conduite de la classe, qui ne trouvent pas nécessairement de réponse immédiate dans le parcours proposé à l’ESPE, alors que le tuteur va pouvoir répondre très directement à la demande du collègue stagiaire.

Mais on ne peut que remarquer combien, pour les stagiaires, subjectivement, l’année de stage se joue bien dans l’établissement, où ils ont le sentiment d’être accompagnés et d’apprendre beaucoup, et combien  le parcours proposé par l’ESPE leur paraît moins adapté.

La complémentarité entre les deux pôles du stage de formation professionnelle mérite d’être réinterrogée à la lumière de ces réponses. Cet état de fait n’est pas spécifique aux ESPE mises en place à la suite de la loi de refondation de juillet 2013. Le déséquilibre de la perception par les stagiaires entre les apports du stage en établissement et ceux du parcours de formation à l’IUFM était déjà bien perceptible avant 2013. Apparemment, le changement d’organisation n’a pas permis pour le moment de réduire notablement cet écart.

Cette enquête confirme donc l’analyse faite dans le rapport des inspections générales sur le suivi de la mise en place des ESPE[2], remis en octobre 2015. « Au‐delà des aspects pratiques de la mise en place de l'alternance entre deux lieux de formation, avec ses contraintes organisationnelles souvent fortes et chronophages, il n'est pas interdit de s'interroger sur la cohérence entre la formation dispensée en ESPE et l'expérience vécue dans l'établissement d'affectation des stagiaires. En définitive, rares sont les «points de contacts pédagogiques» identifiés par les stagiaires rencontrés entre ces deux temps et ces deux lieux de formation, même si les stagiaires indiquent parfois que le mémoire de master permet de rapprocher les enseignements reçus et le vécu de la classe, lorsque son sujet s'y prête.»


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/Cible_personnels/08/1/enquete_PSTG-janv2016-version_publique_544081.pdf

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/45/0/2015-081_Rapport_Final_ESPE_2015_494450.pdf

 

 

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