De Jules Ferry à Michel Serres : « inventer d’inimaginables nouveautés »

A travers quelques textes de 1883 à 2011, textes d’auteurs ou textes officiels, un parcours susceptible de nous aider à saisir quelques enjeux d’actualité éducative.

Pour prendre un peu de distance par rapport à l’actualité brûlante, et éclairer les débats en cours sur l’éducation morale et civique, il peut être utile de se plonger dans quelques textes d’auteurs de référence ou textes officiels qui permettent de percevoir des préoccupations fondamentales et des lignes d’évolution.

Petit florilège, de Jules Ferry (1883) à Michel Serres (2011), en passant par Langevin & Wallon (1946), Edgar Morin (2000) et quelques textes officiels de 1997 à 2010.

 

Jules Ferry, Circulaire dite Lettre aux instituteurs (17 novembre 1883) : « La loi du 28 mars se caractérise par deux dispositions qui se complètent sans se contredire : d'une part, elle met en dehors du programme obligatoire l'enseignement de tout dogme particulier ; d'autre part, elle y place au premier rang l'enseignement moral et civique. L'instruction religieuse appartient aux familles et à l'Église, l'instruction morale à l'École. »

Le rapport Langevin-Wallon,  publié pour la première fois par le Ministère de l’éducation nationale en 1946 et 1947

« L'éducation morale et civique que l'école doit donner ne saurait se borner à l'étude d'un programme en un temps fixé par l'horaire. On ne peut en effet dissocier l'éducation de l'intelligence de celle du caractère. C'est la vie scolaire tout entière qui offre les moyens d'élever l'enfant... L'école fait faire à l'enfant l'apprentissage de la vie sociale et, singulièrement, de la vie démocratique... Ainsi se dégage la notion du groupe scolaire à structure démocratique auquel l'enfant participe comme futur citoyen et où peuvent se former en lui, non par les cours et les discours, les vertus civiques fondamentales...et où on utilisera les diverses expériences de self government dans la vie scolaire »

Circulaire du 23 mai 1997 (mission du professeur…) « sa mission est tout à la fois d’instruire les jeunes qui lui sont confiés, de contribuer à leur éducation et de les former en vue de leur insertion sociale et professionnelle…Il les aide à développer leur esprit critique, à construire leur autonomie et à élaborer un projet personnel. Il se préoccupe également de faire comprendre aux élèves le sens et la portée des valeurs qui sont à la base de nos institutionset de les préparer au plein exercice de la citoyenneté »

Le rapport Blanchet sur La vie de l’élève et des établissements scolaires (février 1998) affiche « une priorité : centrer la politique éducative sur l’élève en conduisant une démarche de projet », déclinée en quatre objectifs : « l’école, un lieu de sérénité et de mieux être ; l’établissement, espace de démocratie vivante ; l’élève, autonome et créatif ; la communauté éducative, ouverte sur l’extérieur »

Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (2000)

« Certes, la domination, l’oppression, la barbarie humaines demeurent et s’aggravent sur la planète. Il s’agit d’un problème historique fondamental, auquel il n’y a pas de solutiona priori, et que seul pourrait traiter le processus multidimensionnel qui tendrait à civiliser chacun de nous, nos sociétés, la Terre (…) Ainsi, notre dessein éthique et politique nécessite à la fois le développement de la relation individu <-> société dans le sens démocratique, et le développement de la relation  individu <-> espèce, dans le sens de la réalisation de l’Humanité ; c’est à dire le développement mutuel des termes de la triade individu <->société <-> espèce. Nous n’avons pas les clés qui ouvriraient les portes d’un avenir meilleur. Nous ne connaissons pas de chemin tracé (…) Mais nous pouvons dégager nos finalités : la poursuite de l’hominisation en humanisation, via l’accession à la citoyenneté terrestre dans une communauté planétaire ».

Décret du 11 juillet 2006: « …le socle commun est le ciment de la Nation : il s’agit d’un ensemble devaleurs, de savoirs, de langages et de pratiques…[…]Deux domaines ne font pas encore l’objet d’une attention suffisante au sein de l’institution scolaire : d’une part les compétences sociales et civiques, d’autre part l’autonomie et l’initiative des élèves ».

« Chaque grande compétence du socle est conçue comme une combinaison de connaissances fondamentales pour notre temps, de capacités à les mettre en œuvre dans des situations variées, mais aussi d’attitudes indispensables tout au long de la vie, comme l’ouverture aux autres, le goût pour la recherche de la vérité, le respect de soi et d’autrui, la curiosité et la créativité ».

Arrêté du 12/05/2010, cahier des charges de la formation des professeurs, documentalistes, CPE

« Tout professeur contribue à la formation sociale et civique des élèves » « L’éthique et la responsabilité du professeur fondent son exemplarité et son autorité dans la classe et dans l’établissement »

Michel Serres, Eduquer au XXI° siècle (2011)

« Depuis quelques décennies, nous vivons une période comparable à l’aurore de la paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; semblable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l’espace, l’habitat, l’être au monde »

« Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites […] Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà […] » 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

 

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