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Billet de blog 10 mai 2022

L’enseignement en CM au scanner de l’IGESR : le leurre des « fondamentaux »

Après cinq ans de focalisation obsessionnelle sur les enseignements fondamentaux à l’école élémentaire, un rapport de l’IGESR dresse un état des lieux riche d’enseignements sur les effets induits de ce choix politique. On ne peut que souhaiter une autre politique des savoirs.

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Le rapport d’avril 2022 de l’inspection générale portant sur l’enseignement en cours moyen[1] constitue, comme l’indique son titre, un « état des lieux» fort  complet  et un recensement utile des « besoins ».

Nous ne reprendrons ici que quelques éléments susceptibles de nourrir une réflexion plus large sur l’école française.

Si l’on veut noter ce qui demeure et ce qui change, on peut prendre comme exemple de permanence celui de l’organisation des salles de classes, majoritairement fidèles à la conception de la classe en autobus, ou la pratique générale du travail à la maison, proscrit officiellement depuis des décennies. Comme exemple d’évolution, on retiendra le fait que 42% des classes observées dans les 12 régions académiques métropolitaines sont des classes multi-niveaux, scolarisant un élève de CM sur trois. Changement notable également, la disparition des manuels scolaires dans une majorité des classes, les élèves de 40% d’entre elles disposant d’un manuel de français et de mathématiques. Cette disparition des manuels n’est pas le résultat de leur remplacement par des supports électroniques puisque le rapport pointe la rareté des tablettes et des ordinateurs dans les classes. Le rapport note en revanche l’usage intensif des photocopies, en exprimant quelque doute sur leur efficacité pédagogique.

Si l’on s’attache à ce qui témoigne de l’inégalité du cadre d’enseignement, on pourra retenir l’exemple des récréations, dont la durée hebdomadaire varie du simple au triple (de 1 à 3 heures) ou celui de l’affichage mural qui varie de l’affichage zéro à l’intégralité des murs, voire  des fenêtres, conquise par l’affichage. Les inspecteurs généraux notent que l’écart entre le temps minimal et le temps maximal de récréation équivaut, sur une année scolaire, à la durée dédiée aux enseignements d’histoire-géographie- enseignement moral et civique.

Si l’on cherche à mesurer l’impact de la politique mise en œuvre de 2017 à 2022, consistant à privilégier l’enseignement des fondamentaux, le rapport permet d’en mesurer les effets.

Premier effet, la pression constante mise sur les fondamentaux se traduit d’abord par un dépassement des horaires prescrits en français et en mathématiques au détriment des autres enseignements où les horaires officiels ne sont pas atteints : éducation physique et sportive, enseignements artistiques, scientifiques et technologiques sont particulièrement touchés.

Elle se traduit ensuite par des choix à l’intérieur même des enseignements qui introduisent un cloisonnement supplémentaire,  et une hiérarchisation contre-productive des apprentissages. En français, par exemple, on s’attache plus au décodage et à la grammaire qu’à la compréhension de ce qu’on lit ou à l’expression écrite personnelle. La géographie est moins enseignée que l’histoire dont l’enseignement phagocyte celui de l’enseignement moral et civique.

En quelque sorte, l’école française, qui se caractérisait déjà par le cloisonnement des disciplines, a renforcé celui-ci par un cloisonnement intra-disciplinaire qu’observent les inspecteurs généraux.

On ne peut que constater combien, en 2021, l’enseignement en cours moyen peut manquer de sens et de perspectives, pour les élèves comme pour les personnels. Les inspecteurs généraux notent en particulier l’insuffisance de lien entre l’amont et l’aval : les résultats des évaluations nationales en 6e sont méconnus des professeurs de cours moyen, les conseils écoles-collège ont du mal à exister et la formation commune des professeurs de cours moyen et des professeurs de 6e est trop rare.

On ne peut que tirer de ces observations la nécessité d’aborder les enseignements dans une perspective autre, d’inspiration curriculaire, partant de la réalité de ce que devraient maîtriser les élèves et non pas de priorités segmentant les enseignements entre les prétendus "fondamentaux" et tout le reste. On mesure, grâce à ce rapport, l’inanité de la démarche imposée depuis 2017, en rupture avec les ambitions affichées en 2013 d’un socle commun de culture. On lira avec intérêt à ce sujet le jalon Les « fondamentaux » et curriculum[2] publié par le CICUR. Et on ne peut que ressentir, à la lecture de ce rapport, l’urgence d’une nouvelle politique des savoirs, en rupture avec celle qui a été suivie ces dernières années.

___________________________________________________

[1] https://www.education.gouv.fr/l-enseignement-en-cours-moyen-etat-des-lieux-et-besoins-341094

[2] https://curriculum.hypotheses.org/161

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