Eloignement des collèges: quel impact sur la réussite et l’orientation des élèves?

Quel peut être l’impact de l’éloignement du collège sur la réussite et l’orientation des élèves qui y sont scolarisés ? Deux Notes d’information de la DEPP, parues en octobre, éclairent la question.

La Note d’information de la DEPP 2019-19-36[1] parue ce mois-ci étudie l’éloignement des collèges et ses conséquences.

On ne sera guère surpris d’y apprendre que les collèges les moins éloignés de l’habitat de leurs élèves sont tous situés à Paris intra-muros, dans la petite couronne et dans des agglomérations urbaines, et que la plupart des collèges éloignés sont situés en zone rurale métropolitaine, sur la ligne qui va des Ardennes aux Landes, et notamment en Guyane et à la Guadeloupe pour l’outre-mer. Pas de surprise non plus dans le pourcentage plus élevé de collèges avec internat parmi les plus éloignés.

On y apprendra avec intérêt que le passage en seconde générale et technologique y est moins fréquent que dans les collèges non éloignés : ainsi, dans les 10 % des collèges publics les plus éloignés, 57,2 % des élèves de troisième passent en seconde GT contre 69,7 % pour les collèges les moins éloignés. L’écart est sensible.

Or cette donnée n’est pas corrélée avec les résultats scolaires des élèves. On observe en effet des résultats globalement meilleurs à mesure que l’éloignement des collèges augmente : « pour les collèges les plus éloignés, écrivent les auteurs, la note moyenne aux épreuves écrites du DNB est de 10,1, soit un point de plus que pour les établissements des deux premiers déciles (respectivement 9,3 et 9 ,1) ».On reviendra sur ce moyen de mesure de la réussite scolaire à la fin de ce billet.

Si les résultats scolaires sont étroitement corrélés au milieu social des élèves, au retard à l’entrée en 6e, à la proportion d’élèves boursiers, ils ne le sont pas, a contrario, à l’éloignement du collège. Il semble donc y avoir là une différence d’orientation scolaire, selon le degré d’éloignement du collège, schématiquement selon qu’il est situé en zone rurale ou en zone urbaine. Cette logique territoriale et économico-démographique se confirme dans le fait que « les collèges les plus isolés se caractérisent par une orientation plus fréquente dans les lycées agricoles et en apprentissage : 9,6 % des élèves de troisième passent l’année suivante dans un lycée agricole tandis que 6,1 % entrent en apprentissage, soit respectivement 9,2 et 4,7 points de plus que dans les collèges du premier décile ».

Il est intéressant, pour éclairer la question, de se reporter à une autre Note d’information de la DEPP, publiée également en octobre, qui porte sur une typologie des communes pour décrire le système éducatif[2]. On y apprend en effet que « les territoires se distinguent également selon les conditions socio-économiques des élèves et les conditions d’accès à l’offre scolaire. Celles-ci peuvent influer sur leurs parcours et leurs résultats. Ainsi, les élèves des communes les plus rurales s’orientent moins fréquemment vers l’enseignement général et technologique et davantage vers l’enseignement professionnel ; néanmoins, ils sortent aussi souvent avec un diplôme que la moyenne nationale ». On y apprend également que « neuf ans après leur entrée en sixième, les élèves issus des communes rurales éloignées ont moins fréquemment obtenu un baccalauréat général ou technologique (46 % pour les élèves résidant dans des communes éloignées très peu denses) alors que cette proportion atteint 60 % pour les élèves qui résidaient en sixième dans une commune urbaine très dense». Les auteurs de la note observent que « cet écart est réduit lorsqu’on considère la proportion d’élèves ayant obtenu un baccalauréat, qu’il soit général, technologique ou professionnel. Celle-ci est de 73 % pour les élèves issus des communes rurales éloignées peu denses, et de 79 % pour ceux qui résidaient dans les communes urbaines très denses en sixième».

On peut donc retenir deux lignes de force concernant les effets de l’éloignement des collèges. Plus il est éloigné, plus les résultats scolaires s’améliorent. Plus il est éloigné, plus l’orientation en voie professionnelle, agricole notamment, est forte. D’aucuns y verront la preuve d’une fracture territoriale entre les villes et les campagnes, la métropole et l’outre-mer. D’autres jugeront que cette différence d’orientation mérite d’être saluée, parce qu’elle contredit en effet une tendance lourde à orienter de manière privilégiée les élèves aux résultats scolaires considérés comme insuffisants vers la voie professionnelle. Tout se passe comme si l’éloignement des lycées généraux et technologiques se traduisait par un choix plus fréquent des lycées professionnels et de l’apprentissage, pour des raisons qui peuvent être d’opportunité géographique liée aux conditions d’accès à l’offre scolaire et de formation sur le territoire concerné. On observera toutefois que, tous baccalauréats confondus, la proportion d'élèves ayant obtenu un baccalauréat est plus forte pour les élèves issus des communes urbaines que pour ceux des communes rurales éloignées. Pour ces derniers, leur réussite scolaire marquée au collège ne se confirme pas dans la poursuite de leurs études secondaires. Sans doute y-a-t-il là de quoi s'interroger sur la réelle équité de l'éducation sur tout le territoire national dans sa diversité.

On observera également que le seul critère retenu par la DEPP pour mesurer les résultats scolaires des élèves est la note moyenne aux épreuves écrites du diplôme national du brevet (DNB). Si on conçoit le caractère pratique de cet indicateur, est-il vraiment pertinent pour mesurer, au delà des résultats à des épreuves écrites d'examen, la réussite scolaire des élèves, comme s'il suffisait de ces résultats pour établir sa réalité ? N'y a-t-il pas d'autres compétences indispensables à la réussite d'un parcours de formation, que cette moyenne ne prend aucunement en compte ? Il pourrait y avoir là des éléments explicatifs à l'écart paradoxal établi par l'étude la DEPP entre réussite scolaire au DNB et réussite ultérieure aux baccalauréats.

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[1]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/33/6/depp-ni-2019-19-36-une-mesure-de-eloignement-colleges_1185336.pdf

[2]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/32/8/depp-ni-2019-19-35-une-typologie-des-communes-pour-decrire-le-systeme-educatif_1185328.pdf

 

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