« Etat d’urgence éducative » : la restauration comme solution selon F-X Bellamy

La contribution de F-X Bellamy au débat sur l’Ecole laisse entrevoir la tournure qu’il pourrait prendre dans les mois qui viennent, si l'on n’envisage l’avenir que dans un rétroviseur.

En cette rentrée 2021, l’eurodéputé Les Républicains Bellamy publie « trente propositions pour sauver l’Ecole, priorité absolue pour l’avenir »[1].

On ne peut qu’être sensible, à la lecture de cette brochure, à la volonté, à partir d’un diagnostic assez partagé, de proposer des moyens de remédier à la crise scolaire. Et ces solutions se caractérisent par la restauration d’une Ecole d’avant la catastrophe.

Qu’est-ce qui caractérise en effet cette école de la restauration ?

C’est l’école de l’instruction plutôt que celle de l’éducation, centrée sur « la transmission des savoirs fondamentaux ». Trois propositions à ce sujet se traduisent par les verbes renouer avec, supprimer (deux fois), revenir sur, recréer. Il s’agit de restaurer les notes à l’Ecole, sans aucun doute plus « justes » et plus « utiles » qu’une « approximative » évaluation des compétences, supprimer « les activités  périphériques » (notamment les enseignements pratiques interdisciplinaires) au collège, restaurer « les filières » au lycée. Il s’agit aussi de mettre à l’écart, dans « des internats à encadrement très renforcé », les élèves exclus définitivement d’un établissement.

Ce sont des professeurs choisis en priorité sur leurs connaissances disciplinaires, et des personnels de vie scolaire redevenus surveillants, qui ont perdu leur qualité d’assistants d’éducation.

C’est une école « libérée de l’omniprésence du numérique », coupable de la baisse des performances scolaires des élèves.

C’est la valorisation des filières d’apprentissage, au détriment de la course absurde au diplôme du supérieur, car l’excellence ne saurait être qu’universitaire.

Et l’engagement d’un contrôle parlementaire exigeant de la politique éducative.

Tout se passe donc comme s’il suffisait de revenir en arrière pour sortir de la crise réelle de l’école de ce début de 21e siècle.

Cette contribution de F-X Bellamy éclaire ce que pourrait être le débat national éducatif à l’occasion des prochaines élections présidentielle et législatives. Une apparence de consensus sur le diagnostic : l’Ecole française n’est pas performante pour tous les élèves, les déterminismes sociaux y jouent un rôle important, comme le souligne M. Bellamy dans son introduction. Mais à partir de là deux voies s’ouvrent, très divergentes.  Soit on part comme lui de l’idée que notre système scolaire« fut pourtant l’un des meilleurs au monde »,  et qu’il faut donc rétropédaler pour réussir à « transmettre les savoirs les plus fondamentaux ». On est sûr ainsi de flatter le populisme éducatif qui peut être rentable à très court terme. Soit on part de l’idée que la sortie de cet état d’urgence passe par la remise en cause du modèle de formation dont nous avons hérité sans jamais le modifier qu’à la marge : les savoirs que l’Ecole enseigne sont-ils indiscutablement les plus adaptés pour donner à chacun la culture de l’homme du 21e  siècle? Quel sens ont-il pour les élèves, les citoyens ? L’Ecole n’est-elle pas plutôt construite pour classer et discriminer  que pour former tous les élèves ?  Ne faut-il pas repenser toute son organisation, les programmes, les horaires, les hiérarchies des matières et des filières, les modes d’orientation, d’évaluation et de certification ?

Cette deuxième voie n’est certainement pas celle de la facilité. Mais elle est sans aucun doute plus susceptible d’apporter de vraies réponses à la crise actuelle. C’est la voie qu’explore le Collectif d’interpellation du curriculum (CICUR), dont les travaux ont le mérite d’éclairer le chemin[2].

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[1] https://www.fxbellamy.fr/wp-content/uploads/2021/09/fx-bellamy-etat-durgence-educative-30-propositions.pdf

[2] https://curriculum.hypotheses.org/

 

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