La révolution numérique à l’école : entre poncifs et réalités ?

Technophiles ou technophobes échangent souvent des certitudes qui peuvent tenir plus de l’idée reçue que de données scientifiquement vérifiées dans les classes. La note consacrée par le conseil scientifique de la FCPE à la révolution numérique à l’école fait un point utile sur quelques-uns de ces poncifs.

La Note n° 18 du conseil scientifique de la FCPE, publiée en octobre 2019[1], a le premier mérite d’examiner, à partir de résultats de recherches récentes menés dans les classes, quelques idées souvent admises comme allant de soi.

Il en va ainsi, par exemple, de l’amélioration de la motivation des élèves, d’un apprentissage plus actif des élèves, de l’autonomie accrue des élèves. Les améliorations de la motivation constatées sont modestes et surtout ne concernent pas les élèves les plus démotivés. S’il est incontestable que les supports numériques mettent en activité les élèves, cette activité est souvent très exigeante, la richesse du support multimédia est plus grande que celle d’un document imprimé et cette richesse informationnelle peut submerger les élèves, rendant parfois l’apprentissage inaccessible pour eux. La possibilité de consulter quand on veut les documents numériques ne signifie pas que les élèves ou les étudiants s’en emparent en toute autonomie. Un étude réalisée en 2018 auprès d’étudiants qui disposent d’enregistrements vidéos de cours magistraux montre que, quand la vidéo est disponible, les étudiants vont moins en cours, que certains de ceux qui ne vont pas en cours ne regardent pas la vidéo correspondante, et que les seuls étudiants qui en tirent profit sont ceux qui vont en cours et utilisent les vidéos pour le retravailler. Il y a dans les résultats des recherches exposés une leçon toute simple : le numérique n’est pas une baguette magique, mais c’est l’utilisation pédagogique pertinente qui en est faite qui crée sa valeur ajoutée.

La note examine encore deux autres idées répandues. Celle selon laquelle le numérique permet de s’adapter aux besoins particuliers des élèves. Dans ce domaine, les plus-values apportées par le numérique sont démontrées, notamment auprès des élèves dyslexiques ou des élèves  porteurs de troubles du spectre autistique, pour qui avatars ou  robots, moins chargés de signification qu’un humain, facilitent l’apprentissage.

L’idée selon laquelle les enseignants utilisent peu le numérique gagne à être très fortement nuancée. Ils l’utilisent beaucoup pour préparer leurs cours (ils sont 92% à le faire), et, en classe, notamment pour placer les élèves en situation de lecture-écriture, de recherche d’information et production d’information, ou de travail sur des figures géométriques (ils sont plus de 60% à le faire). Comme l’écrivent avec humour les auteurs dans leur conclusion, « les enseignants utilisent peu les outils numériques... quand ces derniers n’apportent rien ».

De cette revue des acquis de la recherche actuelle sur l’impact du numérique sur les apprentissages, on peut tirer la confirmation de ce que nous écrivions en décembre 2014 en ouverture du dossier Pédagogie et révolution numérique  du numéro 67 de la Revue internationale d’éducation de Sèvres[2] : « Il ne s’agit pas d’employer  à tout prix une technologie,  mais de laisser la pédagogie s’enrichir par la technologie, de rendre possible des activités pédagogiques nouvelles grâce à la technologie (…) Le projet pédagogique et éducatif demeure premier, et l’équipement est à son service ».

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[1] Qu’est-ce que le numérique permet d’apprendre à l’école ? André TRICOT, Franck AMADIEU, Laboratoire CLLE, CNRS et Université de Toulouse https://www.fcpe.asso.fr/sites/default/files/ressources/NoteCS_no18_Numérique dans l'école.pdf

[2] Bernard Cornu & Jean-Pierre Véran, « Le numérique et l’éducation dans un monde qui change : une révolution ? »

https://journals.openedition.org/ries/4100

 

 

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