Enfance et pauvreté : des signaux d’alerte et un formidable potentiel pour l’école ?

Le sondage IPSOS-SPF sur les enfants et la pauvreté révèle en sept ans une détérioration de bien des critères, qui ne peuvent qu’alerter les personnels des écoles et collèges, mais aussi une disposition à s’engager prometteuse pour tous ceux qui sont attachés à ce que l’école offre aux enfants les occasions et les moyens de s’épanouir comme futurs citoyens.

Les résultats du sondage IPSOS- SPF sur les enfants et la pauvreté, réalisé en mai-juin 2019 sont publiés aujourd’hui[1]. Ce sondage, réalisé depuis 2012, auprès d’un échantillon représentatif d’enfants de 8 à 14 ans, permet de mesurer l’évolution des représentations des enfants vivant en France sur la pauvreté.

Dans ce billet, nous nous attacherons aux évolutions qui sont susceptibles de constituer autant de signaux d’alerte que de motifs de confiance pour l’école.

51% des enfants interrogés estiment qu’il y a beaucoup de personnes pauvres en France : ils étaient 39% en 2012.

Le cercle familial demeure relativement épargné par la pauvreté, mais entre 2012 et 2019, ceux qui estiment qu’il est beaucoup touché par la pauvreté passe de 1 à 5%, alors que ceux qui estiment qu’il l’est peu passe de 78 à 66% dans la même période. 6% des enfants interrogés estiment qu’ils sont déjà pauvres, contre 4 en 2012.

Si le cercle familial demeure relativement à l’abri de la pauvreté, il n’en va pas de même de l’école et du quartier. A l’école, 56% des enfants identifient des personnes pauvres, le pourcentage de beaucoup passant de 3 à 9% quand celui de pas beaucoup passe de 59 à 44%. 49% des enfants estiment leur quartier touché par la pauvreté, le pourcentage de beaucoup passant de 3 à 9% et celui de pas beaucoup de 59 à 44%. Parmi les évolutions significatives en sept ans, le pourcentage de ceux qui ne partent pas en vacances passe de 68 à 77%, de ceux qui ne vont jamais au musée, au cinéma, dans des parcs d’attractions de 57 à 72%, de ceux qui n’ont jamais de nouveaux vêtements ou de nouvelles chaussures de 47 à 61%, de ceux qui habitent un logement trop petit ou en mauvais état de 49 à 58%, de ceux qui ne peuvent pas manger en quantité et variété suffisante de 25 à 41%, de ceux qui ne peuvent pas aller chez le médecin, le dentiste ou acheter une paire de lunettes de 20 à 32%.

En ce qui les concerne personnellement,  ils sont 20% à déclarer ne pas partir en vacances au moins une fois par an, 12% n’aller jamais au musée, au cinéma ou au parc d’attractions, 12% encore à ne jamais porter de nouveaux vêtements ou de nouvelles chaussures. Ils sont aussi 62% à craindre de devenir pauvres, contre 58 en 2012.

Ces mêmes enfants sont 90% à penser qu’on pourrait faire plus pour les personnes pauvres, contre 86 en 2012, 82% à souhaiter agir pour aider ces personnes, notamment en donnant des vêtements ou des jeux (74%, contre 80 en 2012), donner ou collecter objets ou argent (34 et 28% respectivement, contre 49 et 34 en 2012). L’engagement pour différentes causes est très majoritairement envisagé : 98% pour l’environnement et la planète, 97% contre la souffrance des enfants, 94% pour aider les sans abri, 91% contre le racisme et les discriminations, 67% pour ceux qui ont traversé la Méditerranée en bateau pour venir en Europe. Ce dernier pourcentage mérite d'être souligné, tant il est porteur d'espoir, si éloigné de bien de discours politiques et gouvernementaux sur le sujet.

Le regard des enfants sur les adultes ne manque pas d’exigence : pour 93% d’entre eux, ils devraient davantage écouter les enfants pour lutter contre la pauvreté, car leurs efforts sont jugés relativement insuffisants, notamment par les 11-14 ans qui les trouvent insuffisants à 40% pour la protection de la planète, 33% pour l’aide aux pauvres des autres pays, et 29% pour aider les pauvres en France.

De ces données, on peut tirer quelques signaux d’alerte, concernant les inégalités touchant les écoliers et collégiens, inégalités susceptibles d’avoir un impact important sur leur destin scolaire. On pense notamment à l’importance capitale des fonds sociaux, à l’importance de infirmiers, médecins scolaires, assistants sociaux, mais aussi au rôle décisif du parcours d’éducation artistique et culturelle, de l’accès sans discrimination financière à la restauration scolaire…

Mais on peut aussi en tirer quelques raisons d’être confiant dans la capacité de ces enfants à s’engager pour lutter contre la pauvreté, en France et dans le monde. N’y- a-t-il pas là de bonnes raisons de penser que le parcours citoyen des élèves pourrait être susceptible de transformer cette disposition à aider en occasions concrètes d’actions de solidarité et  de lutte contre les discriminations ?

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[1]https://www.secourspopulaire.fr/sites/default/files/atoms/files/13e_sondage_ipsos_spf_2019.pdf

sondage Les enfants et la pauvreté, IPSOS-SPF, juin 2019

 

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