Direction d’école, parents d’élèves délégués : le statut, vous dis-je !

Le statut formalisé par un décret est-il autre chose qu’une réponse bureaucratique à une question politique ?

On ne se complaira pas, dans ce billet, à souligner l’élégante hauteur de vue des propos ministériels tenus au sujet du suicide sur son lieu de travail d’une directrice d’école épuisée, tels que : « un suicide ne permet pas de parler de tous les problèmes » au Campus Condorcet Aubervilliers, « d’après les éléments dont je dispose, on ne constate pas d’augmentation du nombre de suicides dans l’éducation nationale. Il ne faut donc pas, à mon sens, faire de généralités » le 9 octobre au Sénat.

On commentera surtout la réponse apportée au constat établi dans la lettre de Christine Renon: celle d’un statut des directrices et directeurs d’école, que la profession n’a pas revendiqué, mais que plusieurs ministres, depuis François Fillon et Gilles de Robien, ont tenté d’imposer. Le ministre actuel avait fait part de cette intention dès novembre 2018[1]. Il a réitéré cet objectif en octobre 2019[2].

On rapprochera cette réponse de celle, également envisagée par le ministère, face aux difficultés exprimées par les parents d’élèves élus dans les instances des écoles et établissements scolaires : un statut des parents délégués, amorcé en 2016 avec le statut des participants aux instances nationales, académiques et départementales de l’éducation nationale[3].

On peut voir là une caractéristique de la réponse bureaucratique à une question politique. On répond par le statut, comme si tout pouvait être réglé par un décret définissant un statut.

Dans l’un et l’autre cas, quel est le vrai problème posé ? Dans un cas, celui des directeurs et directrices d’école,  les ministres successifs souhaiteraient en finir avec une direction d’école ne reposant pas sur une organisation hiérarchique, mais sur un collectif dirigé par un primus inter pares. Ce que les directeurs et directrices d’école mettent en cause, c’est le harcèlement administratif et le dirigisme pédagogique dont ils sont avec leurs collègues accablés, qu’un statut différent ne réduirait pas.

Dans l’autre, c’est, d’une part, la baisse tendancielle continue du taux de participation aux élections de délégués parents, et, d’autre part la tendance lourde dans l’éducation nationale à tenir les parents à l’écart du pré carré de la pédagogie, de l’évaluation des enseignements et des établissements au nom de l’indépendance des savoirs et de ceux qui les transmettent à l’égard de toute pression. Le statut de parents délégués n’y a rien changé. Plutôt que de renforcer l’enracinement de la coéducation dans les pratiques scolaires, il pourrait concourir à installer une bureaucratie parentale, que la bureaucratie éducative pourrait envisager de former pour que tout aille pour le mieux dans la meilleure école bureaucratique du monde.

« La bureaucratie n’est pas l’esprit de l’Etat, c’est son manque d’esprit », affirmait Marx. On ne peut s’empêcher de penser à cette formule quand ressurgit, à l’occasion d’un drame du travail scolaire, la question du statut des directrices et directeurs d’école.

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[1]"Je présenterai une loi pour un changement du statut des directeurs d'école".  J-M Blanquer sur LCP le 12 novembre 2018.

[2]« Faire évoluer le statut des directeurs d'école, c'est une possibilité et j'y suis prêt», a déclaré le ministre. « Il faut que l'on prenne tous nos responsabilités, a-t-il lancé. Si l'on considère que la situation des directeurs d'école n'est pas satisfaisante sur le plan de leur statut et de leurs fonctions, alors on doit en discuter». J-M Blanquer sur RTL  le 3 octobre.

[3]Décret n° 2016-1574 du 23 novembre 2016 relatif aux représentants des parents d'élèves siégeant dans les conseils départementaux, régionaux, académiques et nationaux 

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000033471622&categorieLien=id

 

 

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