La laïcité à l’école au conseil des ministres : sans la Charte, et sans les élèves ?

En conseil des ministres, le ministre a présenté une communication sur la laïcité à l’école révélatrice d’une conception éducative assez éloignée de celle de la Charte de la laïcité à l’école de 2013.

Le 9 décembre, le ministre a présenté en conseil des ministres une communication sur la laïcité à l’école[1]. Pas un mot de la Charte de la laïcité à l’école présentée le 9 septembre 2013 par un de ses prédécesseurs, Vincent Peillon, très largement diffusée dans les écoles et établissements scolaires[2].

On notera que la communication de J.M. Blanquer est fortement marquée par les remises en cause, contestations du principe de laïcité ou atteintes à celui-ci (le terme revient trois fois). S’il insiste nettement à trois reprises sur la formation à l’esprit critique, sur la nécessité d’apprendre à « mieux distinguer encore les opinions des faits éprouvés », on observe également qu’il s’abstient de reprendre un certain nombre des mots clés de la Charte de la laïcité à l’école. Il en va ainsi notamment de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de l’égalité entre filles et garçons, de la culture commune. Alors que l’article 15 de la charte, qui la conclut, indique que « par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement », la déclaration du ministre ce 9 décembre n’évoque explicitement les élèves qu’à travers l’action de formation des enseignants, l’étude obligatoire des symboles de la République et la cérémonie républicaine de remise du brevet[3]. Les élèves sont en revanche sans doute implicitement présents dans les atteintes portées à la laïcité, les remises en cause et contestations dont elle est l’objet.

On pourra regretter de cette approche : ne pas compter sur l’engagement des élèves pour faire vivre la laïcité dans leur établissement, c’est sans nul doute se priver d’une appropriation autre que théorique d’un principe, appropriation qui garantit dans la réflexion comme dans les activités leur égalité, leur fraternité au sein de l’école et qui les incite à cultiver la liberté de conscience, à exercer en responsabilité la liberté d’expression, en se forgeant ainsi  une culture commune. Serait-ce penser que la laïcité ne peut être vécue que comme un apprentissage obligatoire, et non comme une expérience vivante, partagée ? N’y aurait-il pas là une conception très magistrale et quelque peu datée de l’éducation ?

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[1] http://www.education.gouv.fr/cid124231/communication-en-conseil-des-ministres-la-laicite-a-l-ecole.html

[2] https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Actu_2015/70/3/2015_charte_laicite_A4_NB_447703.pdf

[3] "Parallèlement, le ministère de l'éducation nationale approfondit l'enseignement à l'esprit critique des élèves pour leur permettre de mieux distinguer encore les opinions des faits éprouvés. L'ensemble des disciplines y contribuent par des objets d'étude concrets. En histoire par exemple, l'histoire des religions, des sciences et des idées apporte des éclairages essentiels.

Commune à tous les enseignements, la transmission des valeurs de la République passe à l'école par l'étude obligatoire des symboles de la République ainsi que de grands textes historiques et littéraires sur la République. Elle prendra une dimension solennelle avec la cérémonie républicaine de remise du brevet à la fin de la classe de troisième".

 

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