Le numérique : pourquoi un enjeu « immense » pour l'école ?

L’état des connaissances sur ce que l’on apprend hors l’école avec le numérique permet à André Tricot de situer un enjeu essentiel pour l'école : l’acquisition d’une rapport critique à l’information.

La dernière note du conseil scientifique de la FCPE, rédigée par André Tricot aborde une question passionnante pour les parents comme pour les enseignants : qu’est- ce que le numérique permet d’apprendre en dehors de l’école ?[1]

Il ressort de l’article d’André Tricot une donnée essentielle : l’utilisation quotidienne non scolaire d’instruments numériques donne une connaissance pratique, qui ne permet d’apprendre que ce que l’on fait.

L’exemple de l’utilisation de Wikipedia est éclairant. Si les élèves savent s’en servir pour trouver l’information qu’ils cherchent, ils en ignorent encore au lycée la règle éditoriale fondamentale qui fait qu’un article n’est pas validé avant publication. Ce nouveau modèle éditorial, observe André Tricot, change radicalement la donne : « Les enfants, comme les adolescents et même les adultes, doivent absolument développer des compétences dans l’évaluation de la fiabilité de l’information». Et ces compétences-là ne s’acquièrent pas dans la pratique quotidienne hors l’école. Au contraire, observe-t-il, « une source qui est beaucoup lue par de nombreux lecteurs qui sont satisfaits de ce qu’ils y trouvent développe chez ces derniers une certaine confiance qui, peu à peu, confère à cette source une certaine autorité (Sahut & Tricot, 2017). Autrement dit, c’est la popularité (Cardon, 2015) qui confère l’autorité ». Les usages non scolaires de recherche d’information conduisent à rechercher confirmation et non mise en cause de ce qu’on croit. C’est ainsi, nous rappelle l’auteur, que, lors de la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis,  les électeurs de Trump n’ont jamais consulté que les sources favorables à leur candidat, ignorant les critiques développées par les grands médias étatsuniens.

C’est là sans doute que réside l’immense enjeu posé à l’école, endroit où l’on apprend ce qu’on n’apprend pas ailleurs : si l’école doit chercher à amortir les soubresauts du monde, elle ne peut en ignorer les lames de fond. « L’apprentissage d’un rapport critique à l’information en est une », et André Tricot rappelle au passage que l’école est armée pour le faire puisque dès 1983 elle a créé le Centre de liaison de l’école et des médias d’information devenu le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI[2]).

On retirera de cette note deux autres enseignements. Le premier concerne l’impact relativement limité de la pratique des jeux vidéos en matière d’apprentissage : on ne peut pas dire aujourd’hui si ceux qui développent des capacités attentionnelles ou de rotation mentale ont un impact sur la scolarité, mais qu’ils sont sans doute utiles pour des formations spécifiques. Le second concerne ce qu’André Tricot appelle le mythe des générations. On a tant parlé en effet des « natifs du numérique » ou  de la « génération y » qu’il convient là aussi de raison garder. Au sein de chaque génération il y a des différences de pratiques, certains adultes, y compris âgés passent plus de temps que certains adolescents sur les écrans, et certains adultes comme certains jeunes se sentent ostracisés parce qu’ils sont rétifs aux pratiques numériques. C’est l’usage et non l’âge qui fait la compétence…

L’enjeu de l’éducation aux médias est donc clairement posé. On attend avec impatience la prochaine note consacrée aux effets du numérique à l’école.

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[1]André Tricot, Qu’est- ce que le numérique permet d’apprendre en dehors de l’école ?

LES NOTES DU CONSEIL SCIENTIFIQUE N°12 - JANVIER 2019-

https://www.fcpe.asso.fr/sites/default/files/ressources/NoteCS_no12_BAT.pdf

[2] https://www.clemi.fr/

 

 

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