« Ecole de la confiance » : entre slogan et réalité, quel écart ?

La confiance est au cœur de la communication ministérielle sur l’école. Mais qu’en est-il vraiment dans l’école réelle ? La baromètre des métiers de l'éducation de l'UNSA sonne comme une alerte.

Rarement un ministre de l’instruction publique ou de l’éducation nationale aura aussi souvent écrit aux enseignants que l’actuel détenteur de ce portefeuille pour les assurer de sa confiance. Actuellement, il défend au Sénat, après l’avoir fait adopter en première lecture par l’Assemblée nationale, un projet de loi pour une école de la confiance. Où en est-on, dans l’école réelle, en terme de confiance ?

Le dernier baromètre UNSA des métiers de l’éducation[1], fondé sur les réponses de plus de 25000 personnels de l’éducation, est particulièrement clair à ce sujet. Seulement 10,4% des personnels de l'éducation se disent en accord avec les choix politiques faits contre 20,8% en 2018. Ils ne sont même que 6,5% chez les enseignants.

Cette baisse de 10 points en une année se retrouve quand les personnels parlent de leurs conditions de travail (Ils sont 9% de moins à les juger satisfaisantes qu’en 2018, à 34,1%), et de la reconnaissance et du respect dans leur pratique professionnelle (34,8% contre 44,1% en 2018), ou de leur recommandation de ce métier à un jeune de leur entourage (27,5%, soit -10%). En baisse également, les perspectives de carrière ( 13,6% de satisfaits, soit -6%) et les rémunérations (11,8% seulement les estiment à la hauteur, soit -3%).

Plus globalement, une très forte majorité se dit préoccupée par le projet de loi de transformation de la fonction publique (90%) et insuffisamment accompagnée dans la mise en œuvre des différentes réformes engagées (78,8%).

Ce baromètre n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la crise de confiance en cours au sein de l’éducation nationale : la participation accrue des enseignants aux mouvements sociaux, l’apparition de formes nouvelles d’actions, concertées souvent avec les parents, sont autant d’appels à la restauration d’un dialogue véritable, ce qui suppose écoute attentive et respect des interlocuteurs. Quand le ministre parle à propos des analyses de ses partenaires sociaux d’un « festival de bobards », il est bien loin de s’inscrire dans cette logique. La mise en oeuvre en quelque sorte anticipée de l'article 1 du projet de loi, qui se traduit par des admonestations adressées aux personnels qui, en dehors de leur service, exercent leur liberté d'opinion et d'expression à propos de cette loi, confirme bien que la ligne ministérielle est plutôt "silence dans les rangs" que "confiance dans les rangs". Le baromètre de l’UNSA sonne donc comme une alerte, dont il serait souhaitable qu’elle soit enfin entendue.

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[1]http://www.unsa-education.com/7eme-barometre-UNSA-des-metiers-de-l-education-Rupture-de-la-confiance

 

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