Mobilité sociale à l’école : excellence et équité compatibles ?

Une étude publiée dans la revue de l’INSEE apporte un éclairage nouveau sur les conditions de la réussite scolaire de tous les élèves, en dépassant l’opposition entre excellence et équité et en ne faisant plus de l’école le lieu de l’impuissance apprise par les enfants issus de milieux populaires.

La revue de l’INSEE, Economie et statistiques, publie dans son dernier numéro une étude de Mattéo Godin et Jean Hindriks[1]. Ils se sont attachés, à partir des résultats  à l’épreuve de mathématiques de PISA 2015 à étudier la mobilité sociale à l’école. Cette mobilité est parfaite (100%) si, dans chaque décile scolaire (le premier décile scolaire regroupe les 10% d’élèves dont les résultats aux tests sont les plus faibles du pays), on retrouve un nombre équivalent d’ élèves appartenant à chaque décile social (le premier décile social regroupe les 10% d’élèves appartenant aux plus bas échelon de l’échelle sociale de leur pays). Cette mobilité sociale est nulle (0%) si, par exemple, chaque décile scolaire correspond à son équivalent social.

En moyenne, dans les pays de l’OCDE participant à PISA, la mobilité sociale est de 60%. En Islande, au Canada et en Finlande, elle approche de 70%. « La France est en bas du classement (…) avec un taux de 52 % (…) Elle occupe la 3plus mauvaise position parmi les 27 pays sur la période 2003-2015. »

Le constat n’est pas nouveau, il s’agit d’une confirmation de ce que nous savons de notre école : contrairement à celle d’autres pays, parfois plus inégalitaires socialement que le nôtre, elle n’atténue pas mais conforte les inégalités sociales par l’inégalité scolaire.

Ce qu’on oppose parfois à ce constat, c’est le fait que notre école permet du moins de former une élite scolaire particulièrement performante. L’étude portant sur la mobilité sociale à l’école apporte ici une contribution essentielle au débat. « Les pays dans lesquels la mobilité sociale à l’école est supérieure à la moyenne (OCDE) sont aussi le plus souvent ceux qui présentent un niveau moyen de performance scolaire supérieur à la moyenne (OCDE)». Affirmation consolidée  par une analyse portant sur les cinq évaluations PISA de 2003 à 2015. « On constate aussi très clairement qu’un pays comme la France est caractérisé par une faible mobilité sociale, une grande inégalité des résultats et une performance moyenne faible. À l’inverse, un pays comme le Canada combine une mobilité sociale élevée, une faible inégalité des résultats et un niveau de performance moyenne élevé». Ainsi « les pays dont le système scolaire est plus performant sont souvent les pays dont la mobilité sociale à l’école est plus élevée ».

Certes cette corrélation n’est pas une relation de causalité. Mais du moins elle exclut la possibilité d’un conflit potentiel entre performance et équité. Une des explications possibles de cette corrélation « est qu’une politique d’égalité des chances permet d’ouvrir « la réserve de talents » que constituent les enfants des classes populaires, ce qui amé­liore le niveau d’ensemble ».

Les auteurs de l’étude en tirent un enseignement utile au sujet de la situation française : « dans un système scolaire où les chances face à l’école sont fortement liées à l’origine sociale, l’école devient un lieu de l’impuissance apprise (learned helplessness) pour les enfants des quartiers populaires. Il en résulte une baisse générale de motivation et de la performance scolaire ».

Plus généralement, « les systèmes scolaires qui sélectionnent les élèves entre écoles par niveau scolaire, comme par exemple en Belgique, sont aussi ceux qui affichent une faible mobilité sociale. A l’inverse, les systèmes scolaires comme celui du Canada où les élèves de niveaux élevé et faible fréquentent les mêmes écoles affichent une mobilité sociale élevée ». Ici encore, on voit combien l’enjeu de la mixité sociale dans la population scolaire de chaque école et établissement est  propice à la réussite de tous.

On méditera la conclusion de l’étude : « si les pays ont tous adopté des mesures et des politiques pour améliorer l’égalité des chances à l’école,  certains sont bien mieux parvenus à leur objectif que d’autres. Notre analyse, en comparant différents systèmes scolaires, montre en outre que le changement est possible sans opposer l’excellence à l’équité, ni l’égalité à la mobilité sociale à l’école ». Ne serait-il pas grand temps  de passer de l’école de l’impuissance apprise à l’école de l’empouvoirement ?

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[1]Godin, M. & Hindriks, J. (2018). An international comparison of school systems based on social mobility. Economie et Statistique / Economics and Statistics, 499, 61-78. 
https://doi.org/10.24187/ecostat.2018.499s.1940

 

 

 

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