« Un lycée pour comprendre et agir » : des absences significatives ?

Que la présentation du nouveau lycée et du parcours des futur.e.s lycéen.ne.s fasse silence sur tout ce qui n’est pas enseignement ou discipline scolaire semble relever d’une régression plutôt que d’une prise en compte des besoins de formation au 21e siècle.

La présentation sur le site du ministère du « lycée pour comprendre et agir au 21e siècle »[1] et du « parcours de Léa, future bachelière 2021 »[2] se prête aisément à une analyse des occurrences et des non occurrences de certaines notions.

On adonc cherché à savoir par ce moyen de quoi était fait ce « lycée pour comprendre et agir au 21e siècle ».

Il est tout à fait attendu que, pour comprendre, on s’appuie notamment sur les enseignements et les disciplines. De ce point de vue, c’est carton plein avec 17 occurrences pour enseignement(s) (13 dans le premier document, 4 dans le second), et 11 pour discipline(s) (4 dans le premier, 7 dans le second).

On a la faiblesse de penser que pour agir, les enseignements et les disciplines ne sont pas le seul cadre offert aux lycéen.ne.s. On a donc cherché les occurrences de « citoyenneté », « éducation », « engagement », maison des lycéens », « responsabilité », « santé », « vie lycéenne », « vie scolaire ». Le résultat est limpide : aucune occurrence de chacune de ces notions. On a trouvé une seule occurrence pour "autonomie", il s’agit de celle des établissements, pas de celle des lycéen.ne.s.

On notera toutefois les 7 occurrences du terme « parcours », chaque fois référé au lycéen, puisque désormais, les filières disparaissent et l’élève choisit les composantes de son parcours. Mais ce parcours est exclusivement fondé sur des choix d’enseignements, et l’on peut se demander quelle place est octroyée aux composantes hors enseignements des parcours avenir, citoyen, d’éducation artistique et culturelle, éducatif de santé constitutifs du parcours de chacun.e de l’école au lycée. Tout cela tiendrait-il dans « un temps dédié à l’accompagnement et à l’orientation » ?

Il n’y a pas jusqu’au numérique, cité trois fois, qui échappe à la règle implicite : il est lié soit à des enseignements (« humanités scientifiques et numériques », « sciences informatiques et numériques ») soit à un « test de positionnement ». L’ambition naguère affichée d’avoir dans chaque établissement un média lycéen n’est pas reprise.

On se demandait dans un récent billet[3] si la refonte du lycée allait permettre de trancher le nœud gordien de l’école française, où instruction et éducation sont au mieux juxtaposées au lieu d’être intimement liées. La présentation du nouveau lycée est proche de la caricature : le nœud gordien semble avoir été tranché par l’éviction de tout ce qui n’est pas enseignement dans la communication organisée autour de la transformation du lycée et du baccalauréat. C’est une très curieuse manière de prétendre entrer dans le 21e siècle !

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[1] http://www.education.gouv.fr/cid126438/baccalaureat-2021-un-tremplin-pour-la-reussite.html

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/BAC_2021/90/0/Infographie_parcours_Lea_740px_897900.pdf

[3] https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/110118/instruire-etou-eduquer-trancher-enfin-le-noeud-gordien-originel

 

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