« Ecole de la confiance » : et la confiance en soi des collégien.ne.s ?

Au cours des années collège, la motivation des élèves diminue, de manière socialement différenciée. C’est l’enseignement principal d’une récente étude de la DEPP, qui conforme les résultats d’autres enquêtes déjà menées sur la confiance des élèves en leur réussite. Un enseignement qui questionne fortement la mythologie de l’école républicaine comme ascenseur social.

La Note d’information de la DEPP n° 19-02 de mars 2019[1] apporte un éclairage précieux sur le sentiment d’efficacité personnel et la motivation de 35000 collégien.ne.s entrés au collège en 2007.

La valeur ajoutée des analyses porte sur les corrélations effectuées entre motivation, sentiment personnel d’efficacité, origine sociale et genre des élèves.

Ainsi, à l’entrée en 6ème, 20% des élèves d’origine sociale défavorisée ont un sentiment personnel d’efficacité très élevé contre 29% des collégien.ne.s d’origine sociale très favorisée. Entre la 6èmeet la 3ème,  le sentiment personnel d’efficacité diminue fortement  chez 27% des collégien.ne.s d’origine très défavorisée et 29% de celles et ceux d’origine défavorisée contre 20% de celles et ceux d’origine très défavorisée.

Toujours entre la 6èmeet la 3ème, la croyance de l’élève en sa capacité à réussir en contexte scolaire a fortement baissé chez 26% des collégien.ne.s dont le responsable légal n’a aucun diplôme, 27% chez celles et ceux dont le responsable légal a un CAP-BEP, contre 22% de celles et ceux dont le responsable légal est diplômé de l’enseignement supérieur.

On notera également l’influence du genre dans certains de ces domaines au cours de la scolarité au collège. En effet, à l’entrée en 6ème, les perceptions des filles et des garçons sont équivalentes. Si l’évolution de la motivation ou du sentiment personnel d’efficacité scolaire ou de la capacité à résister à la pression des pair.e.s entre la 6èmeet la 3ème  est équivalente entre filles et garçons, il n’en va pas de même en revanche de l’anxiété scolaire qui s’accroît chez les filles (+0,21) et reste stable chez les garçons, ou de la croyance dans sa capacité  à entretenir des relations sociales et défendre ses idées, qui diminue chez les filles (-0,07) alors qu’elle augmente chez les garçons (+0,11).

On observera de même que les collégiens de zone d’éducation prioritaire se distinguent en sixième par une motivation plus marquée que ceux des collèges privés (39,1% contre 31,5%) alors qu’en troisième ils ne sont plus que 19,4% en éducation prioritaire contre 18,6% en collège privé.

On constate en outre une convergence de ces résultats avec ceux issus de l’enquête internationale PISA sur la confiance et la persévérance des élèves français âgés de 15 ans[2].

Quand on connaît l’influence directe et indirecte de ces sentiments (motivation, implication, confiance en soi) sur les résultats scolaires et le parcours de formation des élèves, on ne peut que constater avec les auteurs de la note[3] « une baisse de la motivation des élèves socialement différenciée au collège » qui questionne fortement l’organisation et le fonctionnement du collège français mais aussi le mythe de l’école comme ascenseur social promouvant l’égalité scolaire contre l’inégalité sociale et de genre.

Le collège de la confiance pour tou.te.s les élèves, filles et garçons,  socle de la réussite de tou.te.s, reste à construire.

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[1]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/30/1/depp-ni-2019-19-02-baisse-socialement-differenciee-de-la-motivation-au-college_1089301.pdf

[2] « Le système scolaire français se singularise par un climat de défiance. Plus d’un tiers des élèves français considèrent que les relations ne sont pas bonnes avec la plupart de leurs enseignants, soit l’un des plus hauts niveaux de conflictualité au monde. Plus de la moitié des élèves français considèrent également que leur enseignant ne leur donne « jamais », ou « que quelquefois » la « possibilité d’exprimer leur opinion » en cours. Un peu plus d’un élève français sur trois considèrent que leurs enseignants les traitent de façon injuste : soit à nouveau l’une des proportions les plus élevées de l’ensemble des pays de l’OCDE » écrivent Yann Algan, Elise Huillery et Corinne Prost dans « Confiance, coopération et autonomie : pour une école du xxie siècle » i nNotes du conseil d’analyse économique 2018/3 (n° 48).

[3]Tristan Augereau et Linda Ben-Ali, DEPP-B2

 

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