"Comment va la vie en France" : l’éducation, une valeur sûre ?

Selon une enquête de l’OCDE publiée ce mois-ci, les Français sont les moins nombreux à croire qu’ils ont leur mot à dire sur l’action des pouvoirs publics, mais plus nombreux que la moyenne à exprimer leur satisfaction à l’égard de l’éducation. Un capital confiance précieux pour l’Ecole par les temps qui courent.

Publié tous les deux ans par l'OCDE, le rapport intitulé Comment va la vie ? regroupe une batterie d'indicateurs du bien - être comparables à l'échelle internationale et brosse ainsi un tableau complet du bien - être dans les pays de l'OCDE et certains pays partenaires.

L’édition de novembre 2017 donne quelques indications précieuses sur la France[1].

Sur le plan civique et politique, certaines données sont alarmantes.

« Si la France affiche un taux de participation électorale (de l'ordre de 75 % en 2017) supérieur à la moyenne de l'OCDE, en 2012, 10 % seulement des adultes français indiquaient avoir le sentiment qu'ils avaient leur mot à dire concernant l'action des pouvoirs publics, (…) ce qui est nettement inférieur à la moyenne de l'OCDE de 33 %. Ces dernières années, le taux de participation électorale a baissé, puisque la proportion de personnes inscrites sur les listes électorales ayant voté est passé e de 84 % en 2007 à près de 75 % en 2017. À la question de savoir si la corruption était répandue dans l'ensemble de l'administration publique, 65 % des citoyens français ont répondu « oui », soit une proportion légèrement supérieure à la moyenne de l'OCDE de 56 %. Depuis 2006 environ, à l'échelle d e la zone OCDE, la proportion de personnes qui déclarent avoir confiance dans leur administration nationale a reculé de 42 % à 38 % ».

Globalement, confiance envers autrui, dans la police, dans l’administration nationale sont en baisse, situant la France dans la partie inférieure du classement de l’OCDE.

L’éducation apporte en revanche quelques notes plus positives. En effet, si la France, en terme d’espoir de solarisation, se situe dans la partie inférieure du classement de l’OCDE, entre 2005 et 2016, le taux de diplômés de l’enseignement secondaire supérieur a augmenté de 11,3 points de pourcentage. Surtout, « en France, la satisfaction à l'égard des services de santé, comme à l'égard des services d'éducation, est légèrement supérieure à la moyenne des pays européens de l'OCDE, sachant que les personnes ayant eu une expérience directe de l'utilisation de ces services récemment sont plus susceptibles d'être satisfaites que les autres ».

Cette donnée est corroborée par les réponses de 13400 habitants de France qui ont utilisé l’application en ligne interactive L’indicateur du vivre mieux[2] proposée depuis 2011 par l’OCDE. Cette application permet à ses utilisateurs de s’exprimer au sujet de leurs priorités en matière de bien-être. La santé (10.75%), la satisfaction à l’égard de la vie (9.88%) et l 'éducation (9.86%) sont les trois aspects les plus importants pour les Français qui ont utilisé cette application. Par exemple, l’engagement civique n’obtient que 6.17%, la sécurité 8.78%, l’emploi 9.05%[3].

Ces données appellent quelques commentaires.

L’éducation est un des aspects importants de la qualité du bien-être au yeux des Français et les utilisateurs français de l’éducation sont plus nombreux que la moyenne des pays européens, et plus nombreux ncore quand on ne prend en compte que ceux qui en ont une expérience directe. C’est un encouragement pour tous ceux qui participent à l’action éducatrice effective dans notre pays.

L’école reçoit ainsi de la part des Français une confiance qui contraste avec la défiance marquée à l’égard de l’Etat, de l’administration nationale, de la police en particulier, et, plus généralement, avec leur peu de confiance en autrui.

Cela porte un éclairage intéressant sur l’objectif affirmé par le ministre d’une « école de la confiance ». « La confiance est la clef du bon fonctionnement d'une société ; elle est aussi la clef du bon fonctionnement de l'École », déclarait-il dans sa conférence de presse du 29 août dernier[4]. Les données de l’OCDE semblent indiquer que les Français ont plutôt confiance dans leur école, mais que la confiance en autrui, dans les institutions et le personnel politiques nationaux est chez eux plus limitée que dans tous les pays de l’OCDE. La société française ne serait donc pas la société de la confiance. La faible confiance dans le politique pourrait-elle être portée au double crédit de l’expérience politique des Français et de la pensée critique que l’école vise à développer auprès des futurs et jeunes citoyens ?

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[1] http://www.oecd.org/fr/statistiques/Better-Life-Initiative-country-note-France-en-français.pdf

[2] http://www.oecdbetterlifeindex.org/fr/#/11111111111

[3] Ces chiffres n'ont qu'une valeur indicative et ne sont pas représentatifs de l'ensemble de la population. Pour plus d'informations :

www.oecdbetterlifeindex.org/fr/reponses/

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[4] http://www.education.gouv.fr/cid119317/annee-scolaire-2017-2018-pour-l-ecole-de-la-confiance.html

 

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