Socle commun et éducation aux médias et à l’information : quelles évolutions de 2006 à 2015 ?

Le conseil supérieur des programmes (CSP) a publié le 12 février sa proposition de socle commun de connaissances, de compétences et de culture[1]. Il est intéressant de comparer cette dernière version à celle qui l’a précédée publiée le 8 juin 2014[2], et à la première version du socle commun publiée en juillet 2006[3]. Nous aborderons dans ce billet la question de l’éducation aux médias et à l’information.

En 2006, on compte 10 occurrence du terme « information(s) », 5 du syntagme « techniques de l’information et de la communication », 3 de « médias » (dont une dans « multimédias »), 3 de « numérique »  pour qualifier les dictionnaires, le traitement de l’information et la culture. 

Sont absents les termes « documentation », les syntagmes « médias et information », « information et documentation ».

En 2014, on compte 16 occurrences du terme « information(s)», 3 de « médias » (dont une dans « médias et information »), 1 de « information et documentation ». « Information » apparaît notamment dans les expressions « techniques usuelles de l’information et de la documentation », héritée de 2006, et les « techniques » sont  également convoquées pour évoquer les « techniques et règles des outils numériques ». « Numérique » apparaît 11 fois, pour qualifier deux fois les données, les supports et les outils et une fois l’environnement, la discussion, la création, les modes de communication, les ressources documentaires.

En 2015, on compte 10 occurrences du terme « information(s)», 1 de « documentation », 3 de « médias » (dont 2 dans « information, documentation et médias »). On retrouve les « techniques usuelles de l’information et de la documentation » et les « techniques et règles des outils numériques » de 2014, mais aussi les « techniques de production et de diffusion de l’information ». « Numérique » apparaît 7 fois pour qualifier les outils (4 fois), les ressources, les données et l’identité.

On voit apparaître en effet pour la première fois « identité numérique » et « sphères publique et privée ».

Au travers de cette très rapide approche lexicométrique, apparaissent nettement des lignes d’évolution. Si l’approche technique reste forte, elle est moins prégnante de 2006 à 2014 puis 2015. L’adjectif numérique monte en puissance. Si, dès 2006, on parle de « culture numérique », en 2014 on en précise et élargit les contours avec, par delà les supports et les données, l’environnement, la discussion, la création, les modes de communication, les ressources documentaires. Et, en 2015, on évoque pour la première fois l’identité numérique.

Le numérique n’est donc  plus, comme en 2006 un support de plus (pour les dictionnaires ou le traitement de l’information), il irrigue l’ensemble du champ social et culturel et touche même l’identité du sujet. De nouveaux objets d’éducation et de formation apparaissent, comme la distinction entre sphère publique et sphère privée.

On voit donc combien l’éducation aux médias et à l’information en peut être envisagée comme simplement technique, mais comme touchant tous le domaines d’apprentissage et d’expérience scolaire, et très directement liée à la formation du citoyen. Ce n’est pas un hasard si le parcours citoyen présenté par la ministre le 22 janvier dernier prévoit « une éducation aux médias et à l’information prenant pleinement en compte les enjeux du numérique et des ses usages »[4]. Et ce n’en est pas un non plus si « le ministère veillera à ce qu‘un média – radio, journal, blog ou plateforme collaborative en ligne – soit développé dans chaque collège et dans chaque lycée. Les professeurs documentalistes seront tout particulièrement mobilisés à cette fin. C’est en effet en engageant les élèves eux-mêmes dans des activités de production et de diffusion de contenus, notamment à travers les réseaux sociaux et les plateformes collaboratives en ligne, qu’ils prendront le mieux conscience des enjeux attachés à la fiabilité des sources, à l’interprétation des informations et à la représentation de soi en ligne ».

Et si l’éducation aux médias, telle qu’elle se conçoit en 2015, était un levier de refondation de l’école, en décloisonnant enseignements académiques, formation à la culture de l’information et vie collégienne et  lycéenne ?

 


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/05/7/Projet_de_socle_commun_de_connaissances,_de_competences_et_de_culture_12_fev_15_392057.pdf

 

[2]

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Organismes/47/7/CSP_-_Projet_de_socle_commun_de_connaissances,_de_competences_et_de_culture_334477.pdf

 

[3] http://media.education.gouv.fr/file/46/7/5467.pdf

 

[4] http://www.education.gouv.fr/cid85644/onze-mesures-pour-une-grande-mobilisation-de-l-ecole-pour-les-valeurs-de-la-republique.html#Mesure_3%20:%20Créer%20un%20nouveau%20parcours%20éducatif%20de%20l'école%20élémentaire%20à%20la%20terminale%20:%20le%20parcours%20citoyen

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.