Engagement citoyen des élèves de terminale : quels points de vigilance ?

L’enquête du CNESCO sur l’engagement citoyen des lycéens reflète la tendance lourde de notre enseignement scolaire à négliger les projets citoyens au profit des seuls enseignements disciplinaires. Favoriser l’engagement citoyen des élèves demeure encore une innovation…

Les premiers résultats de l’enquête menée par le CNESCO sur les engagements citoyens des élèves de terminale[1] permettent de dégager quelques points de vigilance essentiels.

25% d’entre eux ont peu ou n’ont pas confiance dans le système démocratique, contre 13% qui ont fortement confiance en celui-ci. Parmi les institutions, l’armée a la confiance de 74% d’entre eux, la police de 56%, la justice recueillant une majorité de défiance (54%), largement devancée par le gouvernement (22% de confiance ) et les partis politiques (9% de confiance). Notons que, prudemment, les lycéens n’ont pas été questionnés sur leur confiance dans l’école. Ces données placent les jeunes français en décalage par rapport à ceux d’autres pays : la moyenne de confiance des 15-29 ans dans leur gouvernement est de 44% dans les pays de l’OCDE contre seulement 31% en France.

Si 62% des élèves de terminale envisagent de participer à toutes les élections, 9% d’entre eux déclarent qu’ils ne voteront pour aucune élection. Ces élèves sont plus souvent scolarisés en lycée professionnel où ils sont 19% à l’affirmer.

25% des élèves de terminale ont déjà été délégués de classe. Mais plus du tiers d’entre eux ont tenu un rôle d’élu (au conseil de classe, conseil pour la vie lycéenne, conseil d’administration) lors des trois années de scolarité au lycée. 41% des excellents élèves sont délégués, contre 25% des autres élèves. Nathalie Mons, présidente du CNESCO, souligne dans son avant propos que « cumul des mandats et captation des postes par l’élite scolaire » restreignent « le nombre d’élèves qui participent activement à la gouvernance des établissements et expérimentent des rôles de représentants démocratiquement élus ». Qui plus est, 49% des élèves de terminale pensent que l’avis de leurs délégués n’est pas pris en compte. Il y a là un signal à ne pas négliger pour les équipes de direction, pédagogiques et éducatives des lycées.

Les autres formes d’engagement au lycée ne touchent qu’une faible minorité d’élèves : 10% ont participé à la réalisation d’un journal lycéen ou à des activités de tutorat, 7% ont exercé des responsabilités à la maison des lycéens (dont la moitié ont aussi été délégués). On voit là que le parcours citoyen[2] institué en 2015 ne concerne dans les faits qu’une minorité de lycéens.

Enfin, l’étude du CNESCO souligne la vigilance particulière nécessaire à l’égard de deux publics. Bien entendu, les jeunes sans appétence aucune pour toute forme d’engagement citoyen, particulièrement représentés en lycée professionnel. Mais le CNESCO souligne aussi « le paradoxe des excellents élèves » caractérisés par « des intentions d’engagement citoyen en retrait ». Surreprésentés, on l’a vu, parmi les délégués, ils sont en revanche sous-représentés dans les autres activités d’engagement. Pour eux, comme pour les élèves de niveau faible, les intentions d’engagement futur, qu’il s’agisse de « participation électorale, adhésion à un parti politique, bénévolat ou autres formes plus protestataires (signer des pétitions, boycotter des produits...) » sont en retrait par rapport aux autres élèves. Là encore, les équipes pédagogiques, éducatives et de direction des lycées pourront lire dans ces résultats la dévalorisation de fait de ce qu’on considère relever de « la vie scolaire » plutôt que des enseignements strictement disciplinaires.

Arrivés en fin de parcours de l’enseignement scolaire, les élèves de terminale tendent à celui-ci un miroir révélateur de sa propension à négliger, notamment dans l’enseignement public (48% des élèves du privé contre 33% de ceux du public ont déjà participé en terminale à un projet citoyen), l’importance dans la formation des élèves des projets citoyens. L’étude est complétée par la recension de projets innovants favorisant l’engagement citoyen des élèves : ce qui est fait ici et là devrait sans doute devenir une pratique éducative non plus innovante mais ordinaire pour que s’affirme l’engagement citoyen  d’une grande majorité d’élèves.

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[1]http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/09/180906_Dossier_synthese_engagement.pdf

[2]http://www.education.gouv.fr/cid100517/le-parcours-citoyen.html

 

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