Pour les enseignants, l’école de la confiance en soi, c’est encore loin ?

Les résultats de l’enquête TALIS 2018, publiés en 2019, ont permis de mesurer l’évolution du ressenti professionnel des enseignants. Apparemment, l’école de la confiance en eux des enseignants est encore loin…

De la publication récente par le ministère de l’éducation nationale de L’Etat de l’Ecole 2019[1], on ne commentera dans ce billet que le tableau 15.1 publié en page 39, qui permet, grâce à l’enquête TALIS (Enquête internationale sur l'enseignement et l'apprentissage de l'OCDE),  une comparaison dans l’espace (par rapport à leurs collègues européens) et dans le temps (par rapport à 2013) du sentiment d’auto-efficacité des enseignants de collège en France.

Ce qui ressort de ce tableau est la baisse entre 2013 et 2018 du sentiment d’efficacité sur tous les paramètres retenus. Il ne s’agit pas d’une baisse légère, mais d’une diminution significative, puisque, s’agissant d’amener les élèves à respecter les règles en classe, on passe de près de 60% à 37,5%, ou, s’agissant d’expliquer autrement aux élèves qui sont dans la confusion, on passe de même de près de 60% à 39,8%. Pour calmer un élève bruyant ou perturbateur on passe de 45% à 27,5%, pour appliquer des méthodes pédagogiques différentes en classe, on passe d’un 30% déjà faible à 22,1%, pour motiver les élèves qui s’intéressent peu au travail scolaire, on tombe de 20 à 12,9%.

Dans l’espace, pour chacun des indicateurs retenus, le sentiment d’auto-efficacité moyen dans 15 pays membres de l’UE (hors France) ayant participé à l’enquête TALIS est plus fort qu’en France de manière significative : pour expliquer autrement aux élèves qui sont dans la confusion, la moyenne européenne est près de 17 points au dessus de la française, pour appliquer des méthodes pédagogiques différentes, elle est  en augmentation par rapport à 2013 et se situe plus de 17 points au dessus de la française. Pour amener les élèves à réaliser qu’ils peuvent réussir, la moyenne de l’UE reste stable entre 2013 et 2018 et se situe désormais 15,5 % au dessus de la française.

Comme le notent les auteurs de l’étude, « quelle que soit la dimension interrogée (gestion de classe, enseignement et engagement des élèves), les enseignants en France expriment un sentiment d’efficacité personnelle dégradé en 2018, tant par rapport à leurs homologues européens que par rapport aux enseignants français interrogés en 2013 ». Le ministre, dans sa préface, affirme à propos de cette publication que « ces indicateurs permettent d’objectiver le débat sur l’école, trop souvent biaisé par de fausses représentations. Non seulement ces chiffres nous invitent à regarder les choses telles qu’elles sont, mais ils sont les ressorts de l’action ».

Il y a sans doute dans ce simple tableau de quoi se questionner en profondeur sur le degré de confiance en leur professionnalité des enseignants dans une école désormais dénommée école de la confiance. La Note d’information 19-23 de la DEPP publiée en juin[2], d’où provient le tableau de L’Etat de l’Ecole commenté dans ce billet, permet d’aller plus loin dans l’approche, en liant notamment sentiment d’auto-efficacité et sentiment d’épuisement professionnel. Les auteurs de la note observent que « les enseignants se percevant comme peu efficaces présentent des scores d’épuisement (émotionnel, psychique et physique) et de dépersonnalisation plus élevés (+ 1,6 point et + 2,4 points, respectivement) et un score d’accomplissement personnel plus faible (- 6,1 points) que ceux se percevant comme très efficaces. Ces écarts restent statistiquement significatifs après contrôle pour le nombre d’années d’expérience en tant qu’enseignant, le genre et le secteur d’enseignement ».

La lecture de cette Note apporte également un élément de comparaison européenne intéressant : le pourcentage d’enseignants s’estimant bien préparés en formation initiale. Pour enseigner à des élèves de niveau différents, la moyenne française est de 25% contre 42 pour l’européenne ; pour enseigner en milieu multiculturel ou plurilingue, la française est de 8% contre 24% ; pour la gestion de la classe et du comportement des élèves, elle est à 22% contre 47% ; pour le suivi de l’apprentissage et de la progression des élèves, elle est à 26% contre 47% ; pour l’utilisation du numérique, elle est à 29% contre 39%. Notons au passage que les moyennes de l’OCDE sont plus élevées encore que les moyennes européennes.

On le voit, ces quelques données interrogent la formation initiale et continue des enseignants, mais aussi l’organisation de leur travail et leurs répercussions sur la manière dont ils vivent leur profession, entre confiance et accomplissement d’un côté, crise de confiance en soi et épuisement de l’autre. En quelque sorte, l’école dite de la confiance a encore un long chemin à parcourir pour devenir celle de la confiance en eux des enseignants.

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[1]https://cache.media.education.gouv.fr/file/etat29/02/2/depp-2019-ee_1191022.pdf

[2]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/06/2/depp-ni-2019-19-23-la-formation-continue-un-levier-face-a-la-baisse-du-sentiment-efficacite-personnelle-des-enseignants-au-college_1161062.pdf

 

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