Du confinement à la reprise des cours : repenser la forme scolaire?

Au moment ou des collégiens reprennent le chemin du collège après certains écoliers, quels enseignements tirer du confinement pour repenser l’école d’après ?

Depuis mars, l’école traverse une période inédite. On en tirera au fil du temps bien des enseignements.
Pour le moment, quels enseignements tirés de la période de fermeture des établissements scolaires pourraient être utiles pour envisager la suite ?

On a d’abord vu l’efficacité des réseaux numériques pour pratiquer l'enseignement à distance, voire la classe virtuelle. Sans eux, la catastrophe scolaire n’aurait pu être évitée.

On a vu ensuite que la classe virtuelle n'est pas la classe, parce que lui manque « l’école »,"le collège" ou « le lycée », sa "vie scolaire, collégienne ou lycéenne", les interactions entre élèves et personnels, entre élèves , entre personnels, les clubs, le foyer, qui font que l'on apprend aussi autrement et d'autres compétences dans ce cadre. Seuls des lycéen.ne.s, plus autonomes, ont pu, comme on l’a vu dans le précédent billet[1], faire vivre une communauté scolaire virtuelle, heureuse et solidaire.

On peut observer aussi que le collège ou le lycée à la maison, pris en charge par les professeurs, a conduit à réduire encore la part éducative de la formation des collégien.ne.s et lycéen.ne.s : les élèves ont eu des leçons et des devoirs, mais combien ont procédé à des enquêtes, à des travaux relevant non d'une discipline mais d'un parcours, d’un projet éducatif ? Combien ont travaillé sur l’actualité, opportunité majeure d’éducation à l’information et aux médias, présente au programme du cycle 4 ?

On peut donc dire que les cours à distance ont pallié partiellement la fermeture des établissements, mais ne sauraient s'y substituer entièrement. Quel que soit l'engagement des enseignants, l'assiduité des élèves, le collège-lycée à la maison est un collège-lycée en mode dégradé. De plus,  si dans certains établissements cette question est très marginale, dans d'autres collèges, elle peut être centrale : la fermeture des établissements a pu produire de la déscolarisation de fait, et même de la dénutrition de fait, faute de restauration scolaire.

Cela permet de mieux comprendre l'enjeu de la réouverture des établissements scolaires. Il est sans doute assez vain de déplorer la reprise incomplète des cours pour des raisons sanitaires. Il s'agit moins d'une reprise des enseignements, qui auraient pu se poursuivre à distance, que de la re-création d'une communauté scolaire qui donne sa place à la dimension affective et émotionnelle des apprentissages. Ce dont les élèves ont le plus manqué pendant le confinement, ce n'est peut-être pas prioritairement de certains profs ou de certains cours (qu’ils ont pu continuer d’avoir à distance), mais de leur amis et des récréations et des clubs qu’ils rencontrent dans leur école ou établissement non virtuel.

Cela peut nous conduire à penser que le retour à l’école devrait être autre chose que la simple reconduction de ce qu’on connaît si bien, mais l’occasion de transformer la forme scolaire traditionnelle, pour donner une vraie place, dans le temps passé dans l’établissement scolaire, au travail coopératif des élèves, à des activités formatrices qui ne se résument pas à des cours disciplinaires en classe, mais se vivent aussi dans d’autres lieux scolaires ou non, avec l’accompagnement non seulement d’enseignants, mais de personnels d’éducation si absents du vadémécum ministériel de la continuité pédagogique comme de la communication ministérielle en général[2], de parents bénévoles, d’associations d’éducation populaire…

Si l'occasion en était saisie, l'épreuve traversée par l'école aurait été profondément formatrice.

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[1] https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/160520/bien-etre-bonheur-et-solidarite-en-periode-de-confinement

[2] Voir notre billet du 22 avril : https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/220420/professionnels-de-l-education-cherchez-l-absent

 

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