Temps scolaire et réforme du collège : tous les scénarios se valent-ils ?

Avec une nouvelle organisation des enseignements et une pause méridienne d’une heure et demie, la réforme du collège est l’occasion de repenser le temps scolaire pour favoriser les apprentissages des élèves.

La réforme du collège, qui va, à la rentrée prochaine, concerner les 4 niveaux d’enseignement, modifie doublement le temps scolaire : par l’instauration d’une pause méridienne d’une heure et demie, et par la nouvelles organisation des enseignements.

Une préoccupation s’exprime du côté notamment des responsables des services de la vie scolaire, sur l’impact que la mise en œuvre de la réforme pourrait avoir sur le nombre d’heures d’étude (ou "de permanence") hebdomadaire et le nombre d'élèves concernés par ces heures.

Il importe, pour passer de l’inquiétude à l’anticipation, de faire d’une part un diagnostic de la situation actuelle, et, d’autre part, de partir de la dotation horaire globale connue pour l’an prochain et de l’organisation retenue par l’établissement pour les enseignements, l’accompagnement personnalisé, les enseignements  pratiques interdisciplinaires, pour envisager divers scénarios possibles, en variant les paramètres qui peuvent l’être.

Il faut partir des contraintes anciennes et nouvelles : par exemple, pour un collège rural, les horaires de transport qui font que les élèves sont du matin au soir dans l’établissement, qu’ils aient cours ou non, ne changeront sans doute pas. Mais, si le collège fonctionnait avec une pause méridienne d’une heure et quart, il va falloir la porter à une heure et demie.

Si, par exemple, le collège fonctionnait avec 4 séance horaires le matin et 3 l’après-midi, le maintien de ce scénario avec les nouveaux horaires de la reforme (heures d’enseignement et pause méridienne) peut se traduire par une augmentation de plus de 20% des heures dites de « permanence ». A ce moment là, le travail va consister à les placer au maximum autour de la pause méridienne, pour qu’elles puissent être utilisées au bénéfice des élèves par des activités de club du foyer socio-éducatif et les activités sportives de l’association sportive.

Si on choisit de passer à 3 séances horaires le matin et 3 l’après-midi, on peut réduire de 60% le nombre d’heures dites de permanence. Cet emploi du temps, très compact, fait disparaître tout espace temporel pour autre chose que les enseignements, et réduit considérablement les temps où les élèves peuvent, en groupe ou individuellement réaliser la part personnelle de leurs différents parcours.

Si on choisit un système mixte, avec 3,5 séances le matin et 3  l’après-midi pour les uns, ou 3 séances le matin et 3,5 l’après-midi pour les autres, on arrive d’une part à fluidifier le passage des élèves au restaurant scolaire, et on obtient une baisse de 20% des heures dites de permanence. Cela est possible si l’établissement fait le choix, comme son autonomie l’y autorise depuis 1985[1], de partir sur des séances de 1h 30 dans toutes les disciplines qui le souhaitent. En éducation physique et sportive, par exemple, deux séances d’une heure et demie sont plus productives qu’une séance de deux heures et une d’un heure.

Dans le cadre du nouveau collège 2016, l’établissement peut faire le choix également de ne plus faire apparaître de « trous » dans les emplois du temps des élèves. Ces heures naguère appelées « de permanence » deviennent des heures dédiées au travail personnel et d’équipe des collégiens sur les différents parcours qui composent leur scolarité : parcours avenir, parcours citoyen, parcours d’éducation artistique et culturelle, parcours éducatif de santé. Ce temps de parcours commence par une demi-heure d’atelier pour ceux qui le matin n’ont que 3 séances et non 3,5, et se termine de même,  pour ceux qui n’ont que 3 séances l’après-midi. Dans un collège, on a pu choisir de dédier ces temps de début ou de fin de journée à un parcours de culture numérique concernant tous les élèves.

On le voit, pour peu que l’on s’y attelle, on peut créer les conditions d’un climat plus ou moins favorable à tous les apprentissages dans le nouveau collège 2016. La politique éducative, c’est aussi cela : penser le temps scolaire à partir des contraintes mais aussi des marges d’autonomie qui sont celles de tout établissement, en partant du point de vue de la qualité des apprentissages et des conditions de travail de personnels et des élèves.

Merci au Collège de T, dans le département des Landes, dont le travail découvert récemment a inspiré largement ce billet.

 

 


[1] Comme l’indique l’article 2 du décret n°85-924 du 30 août 1985 relatif aux établissements publics locaux d'enseignement,  l’autonomie des établissements porte notamment sur l’organisation du temps scolaire.

https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000000502177

 

 

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