De la consultation au programme : quels engagements de B. Hamon pour l'école ?

Quel choix parmi de multiples propositions rassemblées lors de la consultation citoyenne pour formuler 9 engagements pour l’école ? L’examen comparatif des propositions les plus votées et des 9 engagements du programme permet de dégager la logique des choix effectués par le candidat.

Dans notre billet du 27  février[1] nous avons examiné les dix propositions sur l’éducation les plus votées par les participants à la consultation citoyenne organisée par Benoît Hamon[2]Désormais, son programme est publié et il est intéressant de voir ce qui a été retenu des propositions et ce qui a été écarté dans les neuf engagements du candidat pour l’école[3].

 

Sans surprise, « le service public d’aide aux devoirs à l’école primaire » de la consultation devient, dans le programme : «Pour donner à tous les élèves les mêmes chances de réussir à l’école, je mettrai en place UN SERVICE PUBLIC DU SOUTIEN SCOLAIRE, et développerai la coéducation avec les parents et les mouvements d’éducation populaire ».

De même, « garantir et encourager la scolarisation dès deux ans en réseau d’éducation prioritaire » devient la première proposition du programme : « Pour lutter contre les inégalités scolaires, nous rendrons l’INSTRUCTION OBLIGATOIRE DÈS L’ÂGE DE 3 ANS, et garantirons un droit à la scolarisation dès l’âge de 2 ans dans les écoles en éducation prioritaire et en outre-mer».

La proposition plébiscitée lors de la consultation de «  réduction des effectifs » devient le deuxième engagement du programme : « Parce que beaucoup se joue dans les premières années d’apprentissage, j’établirai un seuil MAXIMUM DE 25 ÉLÈVES PAR CLASSE en CP/CE1/CE2, et à 20 ce nombre dans les écoles en éducation prioritaire, dans les territoires ruraux et en outre-mer ».

La proposition « augmenter les salaires des enseignants » devient l’engagement suivant du programme : « Je revaloriserai les CONDITIONS DE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS et des personnels administratifs, en matière de rémunération comme de gestion des carrières et de médecine du travail ».

« Revaloriser les filières techniques et pratiques » se retrouve également comme engagement dans le programme : « Je défendrai LES LYCÉES PROFESSIONNELS pour qu’ils deviennent des voies d’excellence. J’y favoriserai les possibilités de poursuites d’études».

Les deux propositions qui divisaient le plus les participants à la consultation ne figurent pas dans le programme : il s’agissait rappelons-le de la suppression des devoirs à la maison (la mise en place d’un service public de soutien scolaire rend caduc le principal argument des opposants aux devoirs à la maison) et de la suppression de l’enseignement privé, dont le programme prévoit qu’il doit être concerné par la carte scolaire et ses exigences de mixité sociale et scolaire : « Pour DÉVELOPPER LA MIXITÉ SOCIALE ET SCOLAIRE sur tout le territoire, je rebâtirai la carte scolaire dans le cadre d’un dialogue qui associera l’enseignement public et l’enseignement privé ».

Trois autres propositions avaient trait à la pédagogie. Elle trouvent une forme de réponse dans la politique de formation continue à laquelle s’engage le candidat : « Tous les pays ayant investi dans la FORMATION CONTINUE DES ENSEIGNANTS ont vu les résultats des élèves progresser. En France aussi, je veux un plan de formation continue des enseignants. Chaque enseignant bénéficiera de trois, cinq ou dix jours de formation tous les ans ».

Un engagement nouveau apparaît dans le programme : « Nous mènerons LA RÉFORME DU LYCÉE avec les enseignants, les parents et les élèves. J’allouerai plus de moyens aux lycées qui en ont le plus besoin grâce à un nouvel indicateur social plus juste et plus proche des réalités du territoire». Il ne manque pas d’intérêt. Il permet d’une part de souligner la manière dont le candidat entend s’appuyer sur l’intelligence collective des enseignants, des élèves et des parents pour faire dessiner aux acteurs eux-mêmes le changement et non pas le conduire de manière bureaucratique. Il montre également comment le candidat s’inscrit dans la continuité : après la refonte des programmes de la scolarité obligatoire et la réforme du collège, l’heure est venue de réformer le lycée. Il conforte d’autre part le souci d’équité qui est la marque de ce programme en faisant appel à un nouvel indicateur social plus juste et plus proche des réalités territoriales.

Tous ces engagements reposent sur une politique forte de recrutement exprimée dans le dernier d’entre eux : « Pour atteindre ces objectifs ambitieux, je recruterai 40 000 ENSEIGNANTS EN CINQ ANS, je garantirai le droit à l’innovation pédagogique, et favoriserai l’usage du numérique pour faire réussir tous les élèves dans leurs apprentissages ». Le candidat indique ici sa volonté  de s’appuyer sur la capacité des enseignants à innover, notamment avec le numérique, pour favoriser la réussite de tous.

Cette approche comparative permet de dégager une forme de cohérence politique (priorité à la lutte contre les inégalités sociales et scolaires), fondée sur une démarche participative, qui distingue ce programme de ceux des autres candidats déjà examinés ici.


[1] https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/280217/consultation-citoyenne-de-benoit-hamon-quelles-attentes-educatives

Nous attendons toujours la publication annoncée pour ce mois du livret thématique de la France insoumise, Pour une éducation publique, laïque et  gratuite ou L'école de l'égalité et de l'émancipation pour en faire l'analyse, comme nous l'avons déjà fait pour les programmes de MM. Fillon et Macron et de Mme Le Pen.

https://avenirencommun.fr/le-livret-education/

[2] https://conseilcitoyenhamon2017.fr/project/education/consultation/consultation-2/types/comment-favoriser-la-reussite-de-chacun/votes/ 

[3] https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf

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