A ceux qui douteraient de l’intérêt d’un nouveau magazine de l’éducation, l’équipe du Techédulab de l’université de Cergy-Pontoise apporte, avec le numéro zéro de son magazine[1], un démenti : « étudier pour comprendre ce que sont les phénomènes éducatifs en mutation », « les faire comprendre afin de construire des conditions d’évolution », tels sont les objectifs exprimés par Alain Jaillet[2] dans son éditorial.

Le sommaire du magazine éclaire le propos éditorial : d’une part, les enjeux éducatifs 2017 analysés à la lumière des programmes présidentiels passés au crible de plusieurs analyses et de divers regards (professeur, parent, universitaire) ; d’autre part, la relation des espaces scolaires au bien être et à la qualité des apprentissages, question, on le notera, particulièrement absente des programmes présidentiels en matière d’éducation.

Dans son article, Philipe Meirieu[3] résume bien la portée de cette démarche éditoriale : « Mettons l’éducation au coeur des débats politiques, mais sachons, au-delà des catalogues de mesures, en voir les enjeux de société. Bref, sachons faire de la politique ». Et Béatrice Mabilon-Bonfils[4], pour sa part, expose les termes politiques du débat électoral sur l’éducation : instruction versus éducation, autonomie ou centralisation du système éducatif.

Les analyses plus détaillées des programmes font apparaître selon Philippe Blanchet[5] « des différences tendancielles nettes entre des projets de gauche (Poutou, Hamon, Mélanchon avec un bémol sur certains points) et de droite (Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen) ».  Et ces différences sont manifestes grâce aux graphiques quantifiés des choix politiques des candidats, graphique  dont chaque dimension représente soit une alternative (émancipation/instruction, autonomie/centralisation, pédagogies nouvelles /transmission…) soit deux axes combinables ou pas (lutter contre les inégalités sociales, lutter contre les discriminations, intégration économique/intégration politique…).

On pourra regretter que le schéma concernant le projet éducatif de M. Mélenchon néglige l’importance de la transmission et de l’instruction dans celui-ci : il s’agit en effet pour lui de « replacer les disciplines au coeur des apprentissages » en dénonçant « l’idéologie du socle commun » qui « défait » « le lien aux savoirs », et « les mises en cause de la liberté pédagogique »[6], dont on sait qu’elle est surtout brandie pour enseigner comme avant. Tout cela est sans doute l’implicite du « bémol sur certains points » évoqué par Philippe Blanchet à propos de ce programme.

On lira avec intérêt la réflexion d’Alain Jaillet et Laurent Jeannin[7] sur les espaces scolaires et les questions qu’ils posent : « La qualité de l’air a-t-elle un impact sur les performances d’apprentissage ? La disposition des espaces collectifs d’un établissement est-elle déterminante dans le niveau d’agressivité des usagers ? L’organisation de l’espace classe définit-elle le confort d’apprentissage et d’enseignement et se mesure-t-elle dans les performances des usagers ? Quel impact du niveau sonore de la vie d’un élève sur ses capacités de concentration ? ». La présentation des projets primés au concours international Archiscola[8], projets réalisés par  des étudiants en architecture, des architectes et des pédagogues donne à voir la réinvention de l’école de demain à travers  les choix d’un jury pluriel composé de 30 élèves de collège, de 30 élèves de lycée, de 30 étudiants futurs enseignants, 30 thésards en sciences de l’éducation, et 30 professionnels architectes, inspecteurs généraux, enseignant-chercheurs, qui ont analysé les plans, regardé les maquettes, écouté les explications des 22 équipes sélectionnées.

Comme l’écrit Béatrice Mabilon-Bonfils, en conclusion de son article, « un autre projet s’impose pour notre Ecole, pariant sur l’éducabilité de tous les enfants, sur un nouveau fonctionnement collectif de l’enseignement et sur de « nouveaux » professeurs (…) Proposons donc une école vraiment différente ». Elle exprime ainsi nettement le sens de ce projet  éditorial, destiné à aider à la sortie du modèle de la vieille école des anciens francs, dont certains candidats à la présidence proposent une sorte de restauration, pour inventer une nouvelle forme scolaire, élaborée dans une réflexion multidisciplinaire ouverte, pour laquelle le magazine sera un lieu d’échange privilégié. 

On attend avec intérêt le numéro un du Magazine de l’éducation.


[1] https://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/ema/recherche/ema-techedulab/le-magazine-de-l-education.html

[2] Responsable de la chaire Unesco « Francophonie et révolution des savoirs », Université de Cergy-Pontoise

[3] Université Lumière Lyon 2

[4]  Laboratoire EMA (Ecole, mutations, apprentissages) EA 4507, Université Cergy-

[5] Université Rennes 2 – PREFICS EA 4246

[6] https://www.avenirencommun.fr/le-livret-education/

[7] Laboratoire EMA - Université de Cergy-Pontoise

[8]https://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/ema/actualites/actualite-publication/concours-d-idees-archiscola.html

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