Les jeunes, les médias et l’information : une éducation pour tous à l’école ?

Une enquête récente du CNESCO met en lumière sur les usages des médias, la confiance que les élèves leur accordent et l’éducation aux médias et à l’information qu’ils reçoivent, certaines distorsions avec des représentations assez partagées et l’état d'inachèvement du chantier de l’éducation aux médias et à l’information pour tous les élèves.

Le dernier Zoom du Conseil national d'évaluation du sytème scolaire (CNESCO) porte sur une enquête visant à connaître la manière dont collégiens et lycéens s’informent et dont ils sont formés à l’école[1] .

Cette enquête remet en questions quelques idées reçues, conforte la réalité des différences d’usages et de confiance selon les milieux sociaux et montre combien le chantier de l’éducation aux médias et à l’information est loin d’être terminé au collège et au lycée.

Parmi les idées reçues que cette enquête dément, celle selon laquelle les jeunes s’informeraient essentiellement par le biais des réseaux sociaux. D’une part, devant l’ensemble des médias,  c’est leur entourage qu’ils placent en tête, et la télévision arrive toujours devant les réseaux sociaux, vidéos et journaux en ligne. D’autre part, ils font plus confiance aux médias « traditionnels » (télévision, radio, presse papier) qu’aux réseaux sociaux et vidéos en ligne. Par exemple, parmi ceux qui déclarent s’informer sur l’actualité en France, 90% environ des collégiens et lycéens citent la télévision, devant les réseaux sociaux (plus de 70% pour les collégiens, de 80% pour les lycéens), contre un peu plus de 50% pour la radio et les vidéos en ligne, et un peu plus de 30% pour les journaux papier.

Ce qui est frappant, ce sont les écarts d’usages et de confiance selon les milieux sociaux. A titre d’exemple, pour les usages, on note chez les collégiens de 3un écart de 11 points à propos de la radio entre les 55% d’élèves favorisés qui l’utilisent contre 44 % des défavorisés, et de 12 points entre les 65% d’élèves favorisés qui utilisent les réseaux sociaux contre 77% des élèves défavorisés. De même, pour la confiance, on observe chez les lycéens de 1un écart de 15 points entre les 60% de lycéens défavorisés qui ont confiance dans la radio contre 75% des lycéens favorisés, et de 18 points entre les 54% de lycéens défavorisés qui font confiance aux journaux en ligne contre 72% des favorisés. Cela confirme bien que le milieu social induit des pratiques informationnelles différentes et une confiance inégale envers les divers supports d’information.

Cet état de fait pourrait-il être atténué par l’influence de l’école ? Depuis 2013 et la loi de refondation, l’éducation aux médias et à l’information est une ardente obligation rappelée par l’article L332-5 du Code de l’éducation : La formation dispensée à tous les élèves des collèges comprend obligatoirement une initiation économique et sociale et une initiation technologique ainsi qu'une éducation aux médias et à l'information qui comprend une formation à l'analyse critique de l'information disponible.

Les programmes du collège (cycle 4) publiés en 2015 avaient donc accordé toute sa place à l’éducation aux médias et à l’information[2]. Les programmes en vigueur depuis la rentrée 2018[3] l’ont confirmée.

Or, que disent les élèves dans l’enquête du CNESCO, menée au printemps 2018 auprès de plus de 16000 élèves de 3et de 1e ? « À peine plus de la moitié des élèves de 3e (52 %) déclarent que le sujet des médias a été évoqué en EMC (éducation morale et civique) au cours de leurs années au collège (56 % des élèves de terminale concernant leurs années au lycée), observe le CNESCO. L’éducation par les médias (travail sur des documents médiatique -NDR-) apparaît plus généralisée que l’éducation aux médias » ("faire accéder les élèves à une compréhension des médias, des réseaux et des phénomènes informationnels dans toutes leurs dimensions : économique, sociétale, technique, éthique", selon le programme actuel du cycle 4 -NDR-). Encore faut-il observer un écart dans l’éducation par les médias entre collèges d’éducation prioritaires et les autres : « Quand deux tiers des élèves scolarisés dans un collège hors éducation prioritaire (66 %) déclarent avoir travaillé à partir de documentaires ou d’émissions de télévision, ce n’est le cas que de 57 % des élèves en éducation prioritaire », signale le CNESCO. Sans commentaire...

Cette publication du CNESCO est utile : la photographie qu’elle nous donne des élèves en fin de cycle 4 et au milieu de leur parcours lycéen bouscule certaines représentations spontanées et met en lumière l’ampleur considérable du chantier de l’éducation aux médias et à l’information qui, contrairement à ce que prescrit le Code de l’éducation, ne semble avoir concerné qu’un élève sur deux.

On pourra regretter toutefois que les élèves semblent n'avoir été questionnés, au sujet de l'éducation aux médias et à l'information,  que sur les cours d'enseignement moral et civique, comme si l'éducation aux médias ne concernait pas d'autres enseignements et surtout en semblant négliger le fait que les professeurs-documentalistes, responsables des centres de documentation et d'information, sont, selon la circulaire du 28 mars 2017 qui définit leurs missions, "enseignant (s) et maître(s) d'oeuvre de l'acquisition par tous les élèves d'une culture de l'information et des médias"[4]. Tou.te.s celles et ceux qui sont attachés à l'éducation aux médias et à l'information auraient été preneurs d'informations concernant la manière dont collégiens et lycéens s'approprient avec leurs professeurs-documentalistes notamment, la culture de l'information et des médias nécessaire à leur formation intellectuelle et civique. De la même façon, ils auraient souhaité pouvoir mesurer à l'occasion de cette enquête l'impact sur les collégiens et lycéens d'une opération pédagogique de grande ampleur, la Semaine de la presse et des médias dans l'Ecole®, organisée comme chaque année au mois de mars par le centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI)[5]. Il est dommage que l'enquête du CNESCO ait, si l'on s'en tient à la note publiée, escamoté ces deux entrées utiles pour une meilleure connaissance de la question.

_________________________________________________________________________

[1]http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2019/02/190221_Zoom_Cnesco_Medias.pdf

[2]http://cache.media.education.gouv.fr/file/MEN_SPE_11/67/3/2015_programmes_cycles234_4_12_ok_508673.pdf

[3]http://cache.media.eduscol.education.fr/file/programmes_2018/20/4/Cycle_4_programme_consolide_1038204.pdf

[4]http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=114733

[5]https://www.clemi.fr/fr/semaine-presse-medias.html

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.