Absentéisme scolaire : des inégalités socialement marquées ?

L’absentéisme ne frappe pas également tous les établissements et tou.te.s les élèves. II est nettement plus marqué dans les établissements accueillant un public socialement défavorisé. Prévenir l’absentéisme, c’est lutter contre les inégalités sociales pesant sur les parcours scolaires.

Quelles réalités recouvre la moyenne de 5,6% d’élèves du second degré public ayant été absents quatre demi-journées ou plus par mois en 2017-2018 ? La Note d’information de la DEPP n°19.04 datée de mars 2019[1]  est riche d’enseignements.

Des multiples données qu’elle fournit on en retiendra quelques unes qui font système.

La moyenne de 5,6% agrège d’abord des résultats disparates selon le type d’établissement, de 3,2% en collège à 18,3% en lycée professionnel (LP)  en passant par 6,8% en lycée général et technologique (LEGT).

Mais les moyennes par type d’établissement agrègent des résultats disparates. Pour les collèges par exemple, la moyenne de 3,2% varie de 0,3% dans 25% des établissements où elle est la plus faible à 6,1% dans 25% de ceux où elle est la plus forte ; en lycée professionnel, la moyenne de 18,3% varie de 4,5% dans 25% des établissements ou elle est la plus faible à 34,2% de ceux où elle est la plus forte.

Si l’on se réfère à l’indice de position sociale des établissements[2], le paysage s’éclaire.

Dans l’ensemble des établissements de second degré public, les 25% qui ont l’indice de position sociale le plus défavorisé ont un taux moyen de 11,6% contre 2% seulement pour les 25% qui ont l’indice le plus favorisé. Par type d’établissements ces taux varient de 7,3% à 1,2% en collège,  de  19,2% à 3,3% à en LEGT. L’auteure de la note, Sophie Cristofoli, observe : « Si l’absentéisme est plus marqué dans les lycées professionnels, cela s’explique donc notamment par le profil social défavorisé des élèves qu’ils accueillent. En effet, les trois quarts des lycées professionnels se situent parmi le quart des établissements les plus défavorisés. D’ailleurs, dans les LEGT les plus défavorisés, le taux d’absentéisme est proche de 20 % en janvier comme en mars, un niveau comparable à celui des LP de même profil social ».

Ces inégalités sociales d’absentéisme ont évidemment un impact sur le temps d’enseignement perdu par les élèves concernés. La moyenne de 1,6% de temps d’enseignement perdu va de 1% en collège et 2% en LEGT à 4,6% en LP. Toutes absences confondues, le temps d’enseignement perdu est en moyenne de 5,5% pour les collégien.ne.s, 7,4% pour les élèves de LEGT et 13,2% pour celles et ceux de LP. Les absences non justifiées représentent moins d’un cinquième des absences en collège, mais plus du tiers des absences en LP.

Ces quelques données confortent l’idée selon laquelle lutter pour prévenir l’absentéisme, dès le collège, est un moyen aussi de lutter contre l’impact des inégalités sociales sur le parcours scolaire des élèves.

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[1]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/65/3/depp-ni-2019-19-04-l-absenteisme-touche-en-moyenne-5-6-des-eleves-du-second-degre-public_1093653.pdf

[2]Les établissements sont répartis en quatre groupes selon leur indice de position sociale (IPS), le quart des établissements ayant un IPS inférieur à celui du premier quartile sont considérés comme les plus socialement défavorisés et le quart de ceux ayant un IPS supérieur au dernier quartile comme les plus favorisés. Les seuils sont ainsi définis sur l’ensemble des établissements.

 

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