PISA 2015 : quelles spécificités de la vie scolaire à la française ?

Les enquêtes internationales portant sur l’éducation permettent d’éclairer certaines spécificités de notre système éducatif. A partir de la note consacrée à la France pour les résultats de PISA 2015, on observe que la vie scolaire à la française a des caractéristiques durables.

La fiche consacrée à la France analysant les résultats de l’enquête PISA 2015[1] apporte, par les comparaisons dans l’espace et dans le temps qu’elle permet, quelques lumières sur ce que nous appelons vie scolaire en France. Comme les résultats de l’enquête proviennent des élèves concernés ou de leurs chefs d’établissement, cela permet en outre de mesurer l’éventuel écart ou la conformité entre ce que disent ces acteurs et ce que les statistiques officielles indiquent.

Si l’on évoque la question des absences non justifiées, PISA 2015 a de quoi rassurer au premier abord : « En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 20 % des élèves de 15 ans ont indiqué avoir manqué sans autorisation une jour née de cours ou plus durant les deux semaines précédant l’évaluation PISA . En France, cette proportion est bien plus faible, avec 11 % des élèves se disant dans ce cas ». En revanche, pour ce qui concerne les retards, « durant cette même période, 53 % des élèves de 15 ans en France ont indiqué être arrivés en retard à l’école , contre environ 44 % en moyenne dans les pays de l’OCDE ». Mais la comparaison avec PISA 2012 est préoccupante : « La comparaison des enquêtes PISA 2012 et 2015 montre , qu’en France, le pourcentage d’élèves indiquant avoir manqué sans autorisation une journée de cours est resté stable (contre une diminution de 4.9 points de pourcentage pour la moyenne des pays de l’OCDE), mais surtout que le pourcentage d’élèves arrivant en retard a lui augmenté de 20 points de pourcentage ( contre une hausse de 9 points pour la moyenne des pays de l’OCDE) ». Pour l’OCDE, cette évolution marque « un désengagement des élèves vis - à - vis de l’école au cours des trois dernières années ». On sait que dans nos établissements scolaires comme au ministère, la lutte contre l’absentéisme est une constante qui transcende les alternances politiques. Apparemment, la circulaire  n° 2011-0018 du 31-1-2011, intitulée Vaincre l’absentéisme[2], ni celle qui l’a remplacée[3] n’ont pas été suivies des effets espérés.

 L’OCDE observe en outre que « les élèves de 15 ans en France qui manquent sans autorisation des journées de cours ou sont en retard sont majoritairement scolarisés en lycée professionnel ou redoublants de collège». Cela corrobore les statistiques nationales fournies par la DEPP. La Note d’information d’avril 2016[4] note à ce sujet que « le taux d’absentéisme annuel est de 2,8 % dans les collèges, de 5,2 % dans les lycées d’enseignement général et technologique (LEGT) et de 13,1 % dans les lycées professionnels (LP) » et, plus loin, que « le taux d’absentéisme reste stable de puis 5 ans ». Une précision de cette Note d’information ne manque pas d’intérêt : « malgré leur taux d’absentéisme quatre fois plus élevé, la masse d’élèves absentéistes est deux fois moins importante en LP qu’en collège. En janvier 2015, les absentéistes en LP représentent 60 % des absentéistes en collège ». On ne trouve pas en revanche dans cette Note de données sur l’absentéisme des redoublants.

Le redoublement constitue encore une spécificité bien française. Selon PISA 2005, « en France, 22 % des élèves ont redoublé au moins une fois avant l'âge de 15 ans, soit le double de la moyenne des pays de l’OCDE », et ce malgré « une diminution de 16 points de pourcentage entre 2009 et 2015». La Note d’information de la DEEP, publiée en décembre 2016[5], fait le constat suivant à la rentrée 2016 : en collège, « les taux de redoublement diminuent de manière très significative. Ils sont désormais inférieurs à 1 % à tous les niveaux à l’exception de la troisième », « en seconde, (…) les effectifs diminuent, tout comme le taux de redoublement qui s’établit en 2016 à 4,3 % (…) contre 6,7 % en 2015 et 10,7 % en 2010 ». Malgré ces baisses donc, la France se caractérise encore par son taux de redoublement deux fois plus élevé que le taux moyen dans l’OCDE.

Une autre caractéristique française réside sans doute dans le fait qu’on imagine mal dans nos établissements scolaires, que les élèves portent un avis sur les enseignements dispensés : selon les chefs d’établissement français concernés, « à peine 23 % des élèves de 15 ans fréquentent en France un établissement où le chef d’établissement déclare demander des commentaires écrits aux élèves sur l’enseignement qu’ils reçoivent, alors que la moyenne des pays de l’OCDE s'établit à 69 % ». Les rapports des inspections générales sur la mise en œuvre de la réforme du lycée ont souligné cette caractéristique. Ainsi, en janvier 2012, le rapport le constate en une phrase laconique : « Les CVL[6] ne sont pas consultés sur ces questions[7] ». Il sera intéressant, dans les résultats de PISA 2018, d’observer l’éventuel impact sur les élèves français de 15 ans, des conseils de vie collégienne[8] mis en place dans le cadre de la refondation de l’école.

La question des pratiques éducatives permet, là encore, de mieux situer relativement notre pays. Alors que, globalement « dans des établissements proposant des clubs de sciences obtiennent 21 points de plus à l’évaluation PISA des sciences, et sont 30 % plus susceptibles d’aspirer à exercer une profession scientifique », « en moyenne, 24 % des élèves de 15 ans en France sont scolarisés dans des établissements proposant des clubs de sciences, soit une proportion sensiblement inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE, qui s’établit à 39 %. En outre, leur participation à ces clubs de sciences n’a pas d'incidence significative sur leurs résultats en sciences ou sur leurs aspirations professionnelles ». Cette observation peut conduire à se poser plusieurs questions : pourquoi moins d’élèves concernés en France par des clubs de sciences ? Pourquoi ceux qui y participent n’en retirent pas d’incidence particulière sur leurs résultats en sciences ou sur leurs aspirations professionnelles ? On peut hasarder quelques hypothèses complémentaires.

La première tiendrait dans la juxtaposition, le cloisonnement entre les enseignements d’une part, et les autres activités, de club notamment, dans les établissements français. Il s’agit là d’une caractéristique ancienne, qui s’est traduite par la distinction toujours vivace entre enseignement et éducation, personnels d’enseignement et personnels d’éducation, qui, encore aujourd’hui, relèvent de programmes budgétaires différents : enseignement scolaire public du second degré pour les professeurs, vie de l’élève pour les personnels d’éducation. La refondation de l’école a conduit à remplacer les IUFM par des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), qui dans leur nom même perpétuent cette distinction.

La seconde tiendrait au nombre d’heures d’enseignement dont bénéficient les élèves, bien supérieur à celui d’autres pays. Ce nombre d’heures important restreint la possibilité d’inclure dans la journée scolaire la participation à un club. Comme l’observait un document de comparaison internationale lors la concertation lancée en 2012 en vue de la refondation de l’école[9], « les rythmes de l'école française apparaissent concentrés sur un nombre de semaines et de jours bien inférieur à la moyenne européenne. Aussi, la journée scolaire est plus chargée en France que dans de la plupart des pays (…) Si le calendrier scolaire français est concentré sur un nombre de jours limité, le volume horaire annuel est l’un des plus importants des pays de l’OCDE. De ce fait, la journée des écoliers, collégiens et lycéens français est plus dense et plus chargée que celle de la plupart des autres élèves dans le monde  ».

On peut conclure de cette rapide analyse que la vie scolaire à la française existe bel et bien, avec des spécificités qui perdurent au 21e siècle. Les comparaisons internationales sont l’occasion de faire un pas de côté pour mieux les percevoir, et, éventuellement, les interroger.

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[1] http://www.oecd.org/pisa/PISA-2015-France-FRA.pdf

[2] http://www.education.gouv.fr/cid54846/mene1102847c.html

[3] circulaire interministérielle n° 2014-159 du 24 décembre 2014

http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=84375 

[4] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/95/6/depp-ni-2016-11-absenteistes-2014-2015_566956.pdf 

[5] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/17/1/depp-ni-2016-41-constat-2d-degre-2016_689171.pdf

[6] Conseils des délégués pour la vie lycéenne (CVL)

http://www.education.gouv.fr/vie-lyceenne/cid73077/le-conseil-des-delegues-pour-la-vie-lyceenne.html

[7] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/124000134/index.shtml

[8] http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=110275

[9] http://www.education.gouv.fr/archives/2012/refondonslecole/wp-content/uploads/2012/09/consulter_la_comparaison_internationale_sur_les_rythmes_scolaires1.pdf

 

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