Etonnements sur un « Rapport d’étonnement »

Un premier rapport d’étonnement publié par un premier groupe d’auditeurs de l’éducation nationale, on allait voir ce qu’on allait voir. On n’est pas déçu : l’étonnement est au rendez-vous.

On attendait avec curiosité le premier rapport d’étonnement[1]publié par le groupe d’auditeurs chargé d’interroger le système éducatif français à l’initiative de l’ Institut des Hautes Études pour l’Éducation et la Formation (IH2EF).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’est pas déçu.

On pourra s’étonner d’abord que des « auditeurs », en charge généralement d’un « audit », accouchent d’un rapport d’étonnement, rapport généralement attendu d’un stagiaire à qui on demande à la fin de son stage de faire part au personnel d’une organisation de ce qu’il y a perçu méritant d’être interrogé. Mais, pourquoi pas, après tout, procéder par formulation de motifs d’étonnement ? Si l’on considère la structuration du rapport, on voit qu’il commence par évoquer « ce qui a conforté nos représentations », puis « nos bonnes surprises », avant d’aborder « nos étonnements critiques » pour terminer, avant de conclure, par « nos propositions ».

On pourra s’étonner ensuite que « ce regard extérieur et nouveau » tel qu’il se présente dans l’avant-propos, recoupe fidèlement les priorités ministérielles depuis la gestion de proximité, l’évolution des emplois, l’innovation, le numérique jusqu’au rôle déterminant des neurosciences, de l’apprentissage syllabique de la lecture… Dans le rôle d’ « ami critique » annoncé dans l’avant-propos, les acteurs ont insisté surtout sur celui d’ami. On retiendra à ce sujet, parmi les propositions, celle de créer « un comité du label pour les manuels de lecture », qui rejoint la volonté ministérielle d’indiquer aux enseignants les bons manuels d’apprentissage de la lecture.


On ne s’étonnera donc pas vraiment que soient absents de ce rapport les concepts ou notions qui ne font pas partie des éléments de langage ministériels ; il en va ainsi de curriculum, curriculaire. Pas question pour le groupe d’auditeurs de recourir à des notions telles que curriculum prescrit, curriculum réel, curriculum caché qui aident depuis longtemps déjà à mieux percevoir la complexité de la question éducative que ne le permettent les seuls programmes. Mais on observera qu’une des évolutions encouragées par l’actuel ministre quand il était DGESCO, en 2012, celle conduisant à transformer les centres de documentation et d’information et les salles d’études en centres de connaissances et de culture[2], ne soit aucunement évoquée : il n’est pas question des espaces de ressources documentaires sous quelque appellation que ce soit  (bibliothèque scolaire, bibliothèque centre de documentation dans le premier degré, centre de documentation et d’information dans le secondaire).

L’étonnement est plus fort encore, quand on découvre, dans une proposition, en page 45, que nos auditeurs considèrent les « salles de permanence » comme promises à un bel avenir de tiers lieu. Il y a  là un recours à un vocabulaire qui fleure bon le siècle dernier.

Bref, si l’objectif était de nous étonner, il est atteint. Si l’objectif était d’aider à penser l’éducation nationale des premières décennies  du 21e siècle, c’est moins sûr !

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[1]https://www.ih2ef.gouv.fr/sites/default/files/2020-11/rapport-d-tonnement-cycle-des-auditeurs-2019-2020-2324.pdf

[2]https://cache.media.eduscol.education.fr/file/actus_2012/77/1/2012_vademecum_culture_int_web_214771.pdf

 

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