Magazines pour la jeunesse : le genre en toute (in)conscience ?

De quelle façon les éditeurs de magazines pour la jeunesse participent-ils à l’éducation des filles et des garçons et à la promotion de leur égalité ? Apparemment, le paysage est contrasté, et des stéréotypes de genre sont encore bien présents dans l’offre de magazines de certains éditeurs.

Le 15 février, le site de l'éditeur Bayard Presse questionne : Filles-garçons : même éducation ?[1]. Il annonce  que "le magazine Pomme d'Api propose quelques pistes de réflexion dans son supplément pour les parents du mois de mars 2018".

Ainsi, note l’article, « de façon inconsciente et automatique, par toutes les interactions quotidiennes, les petits garçons sont encouragés à la virilité, et les petites filles à la féminité, dans leur façon de penser, de ressentir, de bouger, d’évoluer dans l’espace ». Il en appelle donc à « élargir l’horizon des possibles » pour échapper aux stéréotypes de genre : « cela vaut le coup de réfléchir un instant aux modèles que nous proposons et aux discours que nous tenons ». Et, du coup, en vient logiquement à souhaiter « des albums ni roses ni bleus ».

On est donc tenté d’examiner l’offre de magazines de Bayard Presse. La première offre spécifiquement féminine intervient à partir de 15 ans, avec Muze, la revue culturelle au féminin, très présente notamment dans les kiosques des centres de documentation et d’information des lycées. Pour les tranches d’âge inférieures, l’offre s’adresse aux filles comme aux garçons, sans stéréotypes de genre marqués dans les titres du catalogue même. On s’interrogera tout de même sur ce que dit de notre réalité sociale et culturelle le choix d’une revue culturelle au féminin en l’absence d’une revue culturelle au masculin (serait-elle imaginable ?) plutôt que celui d’une revue culturelle pour les jeunes.

Il est intéressant également de confronter cet article de Pomme d’Api au courrier promotionnel d’un autre éditeur de magazines pour la jeunesse, Fleurus Presse[2], qui présente son catalogue.
Pour la tranche tout petits, on propose Les P’tites filles à la vanille, pour la tranche enfants, Les P’tites Princesses, pour la tranche juniors, Les P’tites Sorcières. Il n’y a que pour le segment Ados qu’une offre genrée destinée aux filles est absente. Sans doute, n’en est-il plus besoin, le travail a été fait en amont… C’est en tout cas une figure inversée de l’offre de Bayard-Presse.

On peut se demander le sens que peut avoir une offre éditoriale, spécifiquement destinée aux toutes petites, aux fillettes et aux juniores, en dehors de l’envie de conforter une vision genrée de la lecture et de l’éducation des enfants : avec les princesses et les sorcières, la coupe des stéréotypes est bien remplie dès les titres ! C’est d’autant plus spectaculaire, qu’il n’y a pas d’équivalent masculin à cette offre. Pas besoin en effet, semble-t-il, de P’tits garçons au chocolat, de P’tits Chevaliers ou de P’tits Pirates… Pour les garçons, l’identité masculine peut se construire dans un cadre généraliste, ce qui les distingue aujourd’hui encore des filles, dont l’identité féminine stéréotypée se construit aussi dans une offre éditoriale particulièrement ciblée.

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[1] https://www.bayard-jeunesse.com/actualites/filles-garcons-meme-education/

[2] https://www.fleuruspresse.com

 

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