L’investissement par élève ou étudiant.e : quel sens donner aux écarts constatés ?

L’investissement moyen par élève en France est de 8690 €. Mais selon le niveau d’enseignement, la filière de formation, les territoires, cet investissement varie, considérablement. Que révèlent ces écarts ?

La Note d’information 18.29 publiée ce mois-ci par la DEPP[1] est consacrée à la dépense intérieure d’éducation (DIE). On y apprend qu’un.e élève ou un.e étudiant.e représente une dépense moyenne de 8690 €. Mais cette moyenne cache des écarts.

D’une part entre les niveaux d’enseignement : la dépense pour un.e écolier.e est de seulement 6550 €, pour un.e collégien.ne de 8710 €, pour un.e lycen.ne de 11190 €, pour un.e étudiant.e de 11670 €. On passe donc presque du simple au double entre écolier.e et lycéen.ne ou étudiant.e.

D’autre part, entre les filières de formation. Par exemple, la dépense moyenne par étudiant.e  recouvre un écart notable entre le coût du plus grand nombre d’entre eux – 10330 €, soit une dépense moindre que pour les lycéen.ne.s- et le coût pour les étudiant.e.s de sections de techniciens supérieurs (STS) – 14210 €, soit plus du double de la dépense par écolier.e- ou celui pour les élèves des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) qui atteint 15760 €, soit près du double de celui d’un.e élève de collège. 

Pour les lycées, des écarts existent également entre l’investissement par élève dans l’enseignement général  (10870 €) et dans l’enseignement technologique et professionnel (12380 €) : les effectifs, les dépenses de fonctionnement et d’investissement, le traitement des personnels les expliquent principalement[2].

Mais à ces inégalités d’investissement selon les niveaux d’enseignement et les filières s’ajoutent celles provenant des écarts entre les dépenses effectuées par les collectivités territoriales qui contribuent à 23,3% de la dépense intérieure d’éducation (DIE), l’Etat prenant en charge le double (57,4%), le reste se partageant assez également entre les ménages et les entreprises.

D'une part, la contribution des communes à la DIE (11,7%) est nettement plus importante que celle des régions (7,1%) et départements (4,5%).

D’autre part, selon les communes, les départements et les régions, cette part varie considérablement. D'après l’édition 2017 de La Géographie de l’Ecole[3], « la dépense par élève varie du simple au triple » selon qu’on était collégien en Seine Saint Denis (3000 €), en Mayenne ou dans le Haut Rhin (1000 €). Pour les lycéens, la dépense variait également de 3800 € en Limousin  à 2000 € en Ile de France ou Rhône-Alpes. Sur la décennie 2004-2014, la dépense moyenne des départements par collégien.ne a été de 7520 €, celle des régions par lycéen.ne de 12400 €. Mais là encore, les disparités sont flagrantes, les Landes dépensant 12000 € par colégien.ne, l’Auvergne, Midi-Pyrénées, Languedoc –Roussillon et Guyanne ayant investi plus de 15000 € par lycéen.ne, contre 4500 € pour la Lorraine.

Ces écarts ne résultent pas seulement de choix politiques et budgétaires, mais de contextes différents : état du parc immobilier, nombre et taille des établissements, démographie et évolution des effectifs, part de l’enseignement privé…

De ces quelques données objectives, on  peut tirer quelques observations.

La première incite à relativiser la priorité affichée pour le premier degré par le ministre. Priorité dans le discours politique, mais priorité moins évidente dans la dépense intérieure d’éducation, les écolier.e.s demeurant, et de loin, les parents pauvres de la dépense intérieure.

A l’autre bout de la chaîne de formation, comment ne pas noter l’écart d’investissement entre ce qui est affecté aux étudiants des universités par rapport à ceux qui fréquentent les bancs choisis des classes préparatoires aux grandes écoles : c’est un écart de plus de 52%, en faveur de cette minorité triée sur le volet. On pourrait ajouter à cet écart considérable celui qu’a souligné en 2015 Jean-Paul Delahaye dans son rapport Grande pauvreté et réussite scolaire, entre la dépense consacrée aux colles des élèves de CPGE et celle consacrée à l’accompagnement éducatif des collégiens (« Devoirs faits », désormais) : « En 2013, la somme consacrée à cette dépense  (les heures de colle en CPGE) sur le budget de l’enseignement scolaire a été de 70,4 millions d’euros pour 83520 étudiants de CPGE, soit 843 euros par élève, à comparer aux 270 millions d’euros pour l’accompagnement éducatif pour 893000 élèves, soit 302 euros par élève. Ajoutons que les crédits consacrés aux heures de colle ont augmenté deux fois plus vite que le nombre d’étudiants sur la période 2002-2012[4]».

On le voit à travers ces exemples, l’inégalité de dépense ne relève pas seulement de considérations géographiques, démographiques, immobilières. Elle relève aussi de choix révélateurs d’une conception de l’enseignement qui tend à privilégier l’émergence d’une élite plutôt que la réussite du plus grand nombre, garante de l’égalité de tous devant l’école.

Enfin, on constate combien les moyennes sont un indicateur sujet à caution, en matière budgétaire, comme en matière pédagogique...

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[1]Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance du ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse

http://cache.media.education.gouv.fr/file/2018/82/5/depp-ni-2018-18-29-pres-de-155-milliards-euros-consacres-education-en-2017_1034825.pdf

[2]http://cache.media.education.gouv.fr/file/RERS_2018/23/3/depp-2018-RERS-chap-10_1018233.pdf

[3]http://cache.media.education.gouv.fr/file/geo12/96/4/depp-Geographie-ecole-2017-partie-3-moyens-et-ressources-humaines_756964.pdf

[4] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/52/7/Rapport_IGEN-mai2015-grande_pauvrete_reussite_scolaire_421527.pdf

 

 

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