Chef.fe.s d’établissement : entre marteau et enclume ?

Sous de multiples formes, des enseignant.e.s s’opposent à la réforme du lycée et à Parcourssup. Les proviseur.e.s sous pression, entre professeur.e.s et parents, en appellent à la hiérarchie ministérielle et rectorale, dont ils attendent depuis longtemps, selon les inspections générales, l’écoute, le suivi, le soutien.

En ce mois de mars 2019, les personnels de direction des établissements, et tout particulièrement les proviseur.e.s et les leurs adjoint.e.s, ont manifesté, par l’intermédiaire de leurs syndicats, l’inconfort de leur situation.

Dans plus de 400 lycées, en effet, la protestation des professeur;e.s contre la réforme du lycée et Parcoursup conduit selon les cas à l’uniformisation de la note de 20/20, au refus de participer au bac blanc, à la démission de professeurs principaux, au non-retour et au non-suivi des fiches de dialogue pour l’orientation.

Le ministre, on l’a vu dans un précédent billet[1], a récemment appelé, pour ce qui concerne le refus de professeur.e.s de faire passer les évaluations  de CP, CE2 et 6ème,  recteurs et inspecteurs d’académie-DASEN à « apprécier le comportement de chacun des professeurs concernés et le respect de la procédure disciplinaire prévue par le décret  n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l’Etat ».

Le syndicat national des personnels de direction (SNPDEN-UNSA) «appelle donc les directions d’établissement à ne pas rester seules face à ces tentatives de déstabilisation et demande aux rectorats d’avoir une parole claire et coordonnée pour condamner ces agissements[2]

De son côté le syndicat Indépendance et Direction (ID-FO) souligne que « les personnels de direction sont invités à contenir le mouvement et incités à apporter des réponses. Ces réponses entrainent dans un certain nombre de cas de vives réactions de la part des enseignants, et les personnels de direction se sentent isolés dans cette difficulté[3]».Et il ajoute : « nous subissons de façon incessante la pression des parents qui nous demandent d’intervenir et d’agir, nous reprochant la situation et l’absence de réaction, en particulier en terminale à cause des incidences sur Parcoursup ».

Les deux syndicats sont d’accord sur le constat - « isolés » pour ID-FO, « toujours bien seuls en première ligne » pour le SNPDEN- et sur le conseil donné aux proviseur.e.s : ID-FO « demande aux personnels de direction de n'engager aucune action sans une validation formalisée préalablement par leur hiérarchie (DASEN , Recteur) » et demande au ministre « que votre confiance se traduise immédiatement par un plan d’actions concertées à tous les niveaux de l’éducation nationale pour apporter des réponses à une situation qui ne peut plus durer », le SNPDEN, qui « a saisi le cabinet du ministre de cette situation »,  appelle « les directions d’établissement à ne pas rester seules face à ces tentatives de déstabilisation et demande aux rectorats d’avoir une parole claire et coordonnée pour condamner ces agissements, et si besoin, prendre les mesures qui s’imposent en tant qu’employeurs, notamment en matière d’obligations des enseignants ».

En juillet 2015, les inspections générales, sous la signature de Claude Bisson-Vaivre et Annaïck Loisel, écrivaient dans un rapport remis à la ministre[4] : « Ces exigences confrontent les personnels de direction à de profondes mutations de leur métier et l’institution scolaire au renforcement du devoir de les accompagner, c’est‐à‐dire de les entendre, les suivre et les soutenir (…) Face à une tradition administrative descendante, à certains égards « autistique » et désormais inadaptée aux réalités du contrat local entre l’École et ses usagers comme aux réalités de la vie des établissements et de leurs personnels, le système éducatif a besoin que les personnels de direction reçoivent l’écoute et l’appui qu’exige l’exposition de leur fonction et soient associés en pleine responsabilité à leur devenir ». Il serait grand temps de répondre, quatre ans plus tard, à ce besoin d’écoute, de suivi et de soutien de la part de personnels d'encadrement particulièrement exposés.

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[1]https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/190319/faute-professionnelle-un-implacable-devoir-d-obeissance

[2]http://new.snpden.net/node/5721

[3]https://idfo.fr/wp-content/uploads/2019/03/iDFlash1819N31IDdemandeMinistreAgir.pdf

[4]https://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/74/3/Rapport-IGEN-IGAENR-2015-060-Evaluation-des-personnels-de-direction_631743.pdf

 

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