Réussite des élèves : l’inspection fait-elle une différence ?

Contrairement à bien des idées reçues, la récente étude de l’impact des inspections en mathématiques et en français sur les résultats des élèves, publiée en avril par Simon Briole et Eric Maurin, fait apparaître un impact positif durable des visites d’évaluation sur les résultats et les parcours de formation des élèves en France.

L’étude, publiée en avril 2019, réalisée par Simon Briole et Eric Maurin[1], se fonde sur un échantillon de travail de 9451 professeurs de mathématiques ayant enseigné au moins deux fois aux élèves de 3entre 2008 et 2012, soit 30414 observations au total, et sur un échantillon équivalent de professeurs de français.

Intuitivement, on peut douter de l’impact durable sur l’enseignant d’une évaluation intervenant jusqu’ici tous les sept ans, portant sur une séquence d’enseignement isolée, suivie d’un entretien individuel et d’une réunion d’équipe disciplinaire animée par l’inspecteur. A fortiori, de son impact sur les résultats des élèves à court et à long terme.

Ce que met en lumière l’étude de Simon Briole et Eric Maurin bat en brèche quelques idées aisément reçues. « Ces évaluations contribuent à améliorer les performances des élèves, notamment en mathématiques. Cet effet est observé non seulement pour les élèves enseignés par les enseignants l'année de leur évaluation, mais également pour les élèves enseignés par les mêmes enseignants les années suivantes, ce qui suggère que les évaluations améliorent les compétences pédagogiques essentielles des enseignants. Ces effets positifs persistent dans le temps et sont particulièrement saillants dans les collèges d’éducation prioritaire, dans des contextes où l’enseignement est souvent très difficile ».

Si l’on entre plus avant dans les résultats de l’étude, on observe d’abord l’impact de ces inspections en  français et en mathématiques sur les résultats des élèves à l’examen final du collège, le fameux brevet, soit « un effet significatif d'environ 3% du développement durable (8% d'un développement durable en l'éducation prioritaire) ». La durabilité de l’effet inspection est en effet un des résultats frappants de cette étude : «  Les évaluations des professeurs de mathématiques génèrent également des avantages persistants pour leurs étudiants, qui non seulement obtiennent de meilleurs résultats à l’examen de fin de collège, mais obtiennent également un diplôme plus souvent en sciences à la fin du lycée, trois ans plus tard ». Si, en français, l’impact est moins sensible, il est tout de même frappant en éducation prioritaire : « Tant pour les professeurs de mathématiques que pour les professeurs de français, les effets positifs des évaluations sont particulièrement marquants dans les établissements d’éducation prioritaire, dans des contextes où l’enseignement est souvent très difficile ».

Simon Briole et Eric Maurin font un très intéressant rapprochement avec l’étude conduite par Picketty et Valdenaire pour le DEP en 2006[2]. Ces derniers avaient établi « qu'une réduction de 5 élèves par classe du nombre d'élèves améliorait le score moyen des élèves de 9e année en mathématiques et en français d'environ 4% du développement durable ». Briole et Maurin observent alors qu’ « étant donné que la taille de la classe est d'environ 25 étudiants en moyenne, une réduction de 5 étudiants correspond à une réduction de la taille de la classe d'environ 20%. Par conséquent, le coût correspondant par enseignant et par année peut être estimé à environ 0,20 x 50 000 euros, 50 000 euros représentant le coût total de la main-d'œuvre d'un enseignant du secondaire. Nous nous retrouvons avec un coût par enseignant et par an d’environ 10 000 euros alors que le coût par enseignant et par an du système d’évaluation n’est que d’environ 100 euros ».

Par des temps de rigueur budgétaire affichée, on ne peut s’empêcher de faire un lien entre le coût réel et l’impact du dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire, dont le ministère s’efforce de démontrer très rapidement l’impact positif[3]. Le coût par enseignant et par an en est infiniment plus élevé que celui des inspections. L'effet sera-t-il à la mesure de la dépense d'éducation qui est affectée à cette mesure phare du quinquennat ?

La lecture de cette étude est également l’occasion de repenser la valeur ajoutée des inspections à la qualité du système éducatif français. En effet, outre les inspections individuelles d’enseignants, les inspecteurs agissent aussi fortement sur la formation des enseignants et personnels d’éducation, sur l’animation des réseaux professionnels, démultipliant ainsi le rôle de leurs visites auprès des enseignants. En concertation avec les chefs d’établissements, ils concourent au suivi personnalisé des enseignants de leur domaine d’expertise.

Si certains pays, comme la Finlande, sont capables d’obtenir de fort bons résultats de leurs élèves sans qu’existe de personnels d’inspection, Briole et Maurin semblent observer, en France, l’impact positif des inspections sur les résultats des élèves. Ce qui confirme, au passage, l’importance de l’effet-maître et de l’effet-établissement sur ces mêmes résultats.

_____________________________________________________

[1]Simon Briole  Paris School of Economics,  Éric Maurin Paris School of Economics and IZA,  Does Evaluating Teachers Make a Difference ? IZA DP No. 12307,  AVRIL 2019 http://ftp.iza.org/dp12307.pdf

[2]Piketty, T. & Valdenaire, M. 2006. L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les  écoles, collèges et lycées français: estimations à partir du panel primaire 1997 et du panel secondaire 1995. Direction de l’évaluation et de la prospective.

[3]https://www.education.gouv.fr/cid138289/dedoublement-des-classes-de-cp-en-education-prioritaire-renforcee-premiere-evaluation.html

« Au total, la mesure s’est traduite par la création de 10.800 classes de CP et de CE1 en REP+ et REP  à 12 élèves. En septembre 2019, elle bénéficiera à 300 000 élèves (20% d’une  classe d’âge) ».

Selon le site du gouvernement, « Cela s’accompagne de créations de postes à l’école primaire : +2000 postes l’année prochaine ». https://www.gouvernement.fr/dedoublement-des-cp-une-premiere-evaluation-positive.

Selon les chiffres du ministère, repris par le Sénat, le dédoublement a coûté 2800 postes en 2018 et 2500 en 2017. https://www.senat.fr/rap/l17-108-314/l17-108-3142.html

 

.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.