La transmission des savoirs fondamentaux : le consensus des Anciens et du Moderne ?

Dans cette campagne présidentielle concernant l’éducation, la vision conservatrice d’une école centrée sur la transmission des savoirs fondamentaux est partagée par MM Fillon et Dupont-Aignan, mais aussi par M. Macron.

Dans son programme pour l’éducation, François Fillon  revient à quatre reprises sur la transmission des savoirs fondamentaux.

L’école, écrit-il dans l’introduction, « doit s’attacher en premier lieu à transmettre les savoirs fondamentaux : le français, les mathématiques et l’histoire-géographie doivent constituer un socle de connaissances pour tous ». Parmi ses propositions, on trouve « établir des programmes garantissant l’apprentissage des fondamentaux pour l’ensemble des élèves », reprise au point 4 : « abroger la réforme du collège et revoir les programmes en les structurant autour de deux volets pédagogiques : 1. approfondissement des fondamentaux (français et mathématiques, sciences et histoire-géographie) »[1].

On n’est pas surpris de retrouver une préoccupation proche exprimée par Nicolas Dupont-Aignan dans son programme d’ « instruction publique » : « dans le primaire, donner la priorité aux savoirs fondamentaux, en particulier à la langue française »[2].

Mais on trouve également la même priorité affichée dans le programme d’Emmanuel Macron : « Je veux remettre la transmission des savoirs fondamentaux, de notre culture et de nos valeurs au cœur du projet de notre école et de nos universités »[3].

Il n’est pas indifférent de noter que deux candidats de droite et le candidat d’En Marche affichent une même référence  à la transmission des savoirs fondamentaux.

On peut certes considérer là qu’il s’agit d’une évidence partagée : qui pourrait ne pas en vouloir ?

Mais on peut aussi aller plus loin. Qu’exprime cette priorité affichée pour les savoirs fondamentaux ? Plusieurs implicites s’y trouvent.

D’une part une conception de l’école fondée sur la transmission, dans laquelle ce qui compte davantage, c’est ce que l’enseignant enseigne plus que ce que l’élève apprend. On évacue ainsi la dialectique du transmettre/apprendre en se focalisant sur ce qui est transmis.

D’autre part, ce qui est transmis, ce sont justement des savoirs fondamentaux : le « lire, écrire, compter » n’est jamais bien loin, en effet, l’instruction suffisant à la peine de l’école sans qu’elle se préoccupe en plus d’éducation (le choix de traiter d'"instruction publique" par M. Dupont-Aignan est éloquent).

On flatte ainsi le bon sens populaire, en célébrant le culte d’une prétendue école de la République où l’école se focalisait sur l’essentiel sans disperser l’attention et l’effort des élèves sur des connaissances ou activités secondaires. Mais on sait aussi que cette vision est fausse, démentie par exemple par la loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire[2] qui fonde l’école républicaine et, dès son article premier, stipule que « l'enseignement primaire comprend : l'instruction morale et civique ; la lecture et l'écriture ; la langue et les éléments de la littérature française ; la géographie, particulièrement celle de la France ; l'histoire, particulièrement celle de la France jusqu'à nos jours ; quelques notions usuelles de droit et d'économie politique ; les éléments des sciences naturelles physiques et mathématiques ; leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, travaux manuels et usage des outils des principaux métiers ; les éléments du dessin, du modelage et de la musique ; la gymnastique ; » sans oublier « pour les garçons, les exercices militaires ; pour les filles, les travaux à l'aiguille[4] ».

Enfin, cette opposition entre les fondamentaux et le reste est moins que jamais pertinente, quand on sait aujourd’hui, par exemple,  combien il ne suffit pas de savoir lire au sens de déchiffrer, mais savoir lire en filtrant les messages qui nous parviennent, et donc en apprenant progressivement à se repérer, grâce à d’autres connaissances et d’autres savoir-faire, dans l’univers d’informations qui nous entoure.

 

Il n’est pas neutre d'observer que la querelle entre MM. Fillon et Macron s’apaise dans le partage d’une vision datée des missions de l’école.


[1] https://www.fillon2017.fr/projet/education/

[2] https://www.nda-2017.fr

[3] https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf

[4] https://www.senat.fr/evenement/archives/D42/1882.html

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